23.01.2008
Ainsi une page se tourne
11:00 Publié dans 4 - Narcisse | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
17.01.2008
15 Août.
Dans la petite baie, surplombée de ses falaises de granit, mouillent une bonne centaine d’embarcations de toutes sortes. Il y a là un mélange hétéroclite de bateau de plaisance, une grande proportion de planche à voile, quelques voiliers rutilants appartenant à de riches parisiens de passage. Quelques uns sont venus sur de simples barcasses de bois, d’autres avec leurs kayaks de mer de fibres de carbone constitués.
Et dans toute cette population estivale, une poignée de pécheurs locaux, un peu exaspérés de voir chaque été arriver ces troupeaux de migrants saisonniers. Ces dernières années, ils ont vu avec impuissance les lotissements infecter leur cher paysage, champignons après une pluie d’automne, et les prix du droit d’ancrage augmenter avec la pénurie nouvelle des emplacements.
Mais dans son ensemble, l’ambiance reste bon enfant. Le beau temps est de la partie, seule souffle une petite brise marine permettant ce léger clapot, et ces innombrables cliquetis, qui font pour beaucoup tout le charme des vacances sur mer. Elle est chargée d’iode la petite brise et l’amène gracieusement aux nasaux des touristes souriants.
La messe dite est plus prétexte à sortie que réelle motivation religieuse, la plupart des participants viennent tous les ans, un peu par tradition, un peu par superstition.
Un rituel que personne ne voudrait rater.
Le prêtre fait son office. Du haut de la falaise, le panorama est superbe. Tous ces mats qui se balancent au gré d’une houle tranquille, tout ce monde rassemblé dans le miroitement des vaguelettes font chavirer son cœur de vieil homme de Dieu. Chaque année il se laisse surprendre par une intense émotion, remerciant son tout puissant en silence pour ce cadeau année après année offert.
La bénédiction est faite. Quelques paroles et quelques gestes de la main protègeront les embarcations pour l’année à venir.
Tradition et bienveillance obligent, la messe se termine sur quelques pensées silencieuses pour les disparus en mer.
17:25 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
15.01.2008
PP, consigne 61
La consigne était celle-ci :
http://coumarine2.canalblog.com/archives/__toutes_les_consignes/index.html
J’ai bien fait le tour de la question, suivant la courbe gracile de son point d’interrogation. Cela faisait des semaines déjà qu’elle se posait là, énigmatique, me harcelant de sa présence tenace. Elle se nourrissait, la vile, de mon indifférence feinte, grossissant, enflant, jusqu’à ce que je ne puisse plus l’ignorer d’un simple détournement de regard, comme il me plaisait tant. Il a donc bien fallu lui régler son compte.
La solution de l’équation était pourtant simple, mais, en femme-Platon sortant de sa caverne, j’étais aveuglée, apeurée par son évidence crue.
Ma décision s’est alors prise. J’étais trop éprise pour ne pas briser de douceur notre pacte, devenu au fil du temps le garant tacite de ces libertés que nous chérissions. C’était chez lui, c’était chez moi. Mais jamais, jamais quoiqu’il arrive, l’autre ne restait. Ce n’était que des rencontres provoquées au hasard, le croisement des entrelacs de nos vies. Nous partagions certes nos lits - et avec quel abandon ! - mais certainement pas nos nuits, de peur certainement que nos rêves ne se parasitent, comme tant de fois nous l’avions vécu. Lui autant que moi.
Nous avions du moins réussis à nous convaincre que c’était ce que nous recherchions.
Mais voilà, le temps ne nous demande pas notre avis – ou si peu - et il nous a liés l’un à l’autre plus que nous ne l’escomptions, endormant nos vigilances de ses baumes, engluant nos cœurs dans son ambre.
Hier soir je l’ai donc retenu, sans mot dire, d’une simple pression de la main sur son impressionnant biceps. Il n’a pas opposé grande résistance, comme s’il avait attendu le moment, se contentant de me sourire tendrement.
Puis il m’a serré de ses grands bras et nous nous sommes endormis.
Ce matin, pour la première fois depuis bien longtemps, c’est un rayon de soleil qui m’a réveillée, alors qu’il écartait les volets de notre chambre.
13:55 Publié dans Consigne Paroles Plurielles | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
11.01.2008
Sur le sable
J’avais rendez-vous avec elle vers vingt-deux heures, sur le parking de la plage des genêts. Je ne sais pas pourquoi elle s’appelle comme ça cette plage, il n’y a pas un genêt à des kilomètres à la ronde. Dans le temps, peut-être. Faudra que je pense à demander à mamie un de ces jours. Toujours est-il que je suis arrivé à neuf heures trente. Ce n’est pas forcément que je voulais être en avance, mais je me faisais chier à la maison, tout simplement. On est tous un peu moroses en hiver dans le coin, on tourne en rond, on s’ennuie à en mourir ou pas loin. Et dans ma famille, on n’échappe pas à la règle. Alors dès qu’on a fini de dîner, je suis sorti direction la plage.
J’y suis resté un bon moment sur cette plage, c’était mieux que de rester sur le parking assis sur mon scooter à griller des clopes. Ca faisait cliché. Genre film des années cinquante dans lesquels il y a toujours une scène avec le bad boy qui fume une cigarette, appuyé nonchalamment sur la carrosserie de sa décapotable américaine, en attendant sa bourgeoise. Et puis de toute façon si Liz arrivait, j’entendrais le bruit de son scooter depuis le bord de l’eau. Au pire elle verrait le mien et saurais que j’étais dans le coin.
Mes fesses étaient posées dans le sable et mes cheveux dansaient au vent, copiés par mon écharpe qui goûtait à un peu de liberté du bout de ses franges. Il y a toujours beaucoup de vent l’hiver, c’est sans doute pour ça que j’étais tout seul sur la plage ce soir-là. Peut-être aussi parce qu’il faisait froid. Bien sûr ce n’était pas un froid polaire comme il peut y en avoir dans l’Est de la France, mais par ici, dès que les températures passent sous le zéro c’est une catastrophe naturelle. Mais moi j’étais bien, là, je devinais l’Océan plus que je le voyais et je l’entendais d’autant mieux chanter sur le sable, pas tout à fait emporté, pas tout à fait calme. Ca m’avait littéralement hypnotisé et je comprenais inconsciemment la fascination des gens de la mer pour cet élément, pour l’impression de sagesse mêlée de puissance qu’il donne.
Je n’ai pas entendu le scooter de Liz ce soir-là.
Mais j’ai entendu mon portable à l’arrivée du SMS. Elle ne viendrait pas. J’ai souris à droite. C’était trop beau pour être vrai.
Pourtant je n’avais pas l’impression d’avoir perdu ma soirée pour autant. Je suis resté encore un peu puis je suis rentré chez moi, vers vingt-trois heures et quelques grains de sable.
Le cœur étrangement allégé par ce dialogue silencieux avec l’océan.
Rasséréné.
11:09 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, *de tout et de rien*, écriture, blog, littérature, nouvelles
09.01.2008
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Une goutte de sueur perle sur le lisse front d’Anna. Lascive, elle glisse comme caresse sur la tempe de la jeune femme, soulignant la courbe de son sourcil levé de perplexité, puis fuit en vitesse sur sa joue rosée. De peur, sans doute, de se faire essuyer prématurément d’un nerveux revers de la manche. Mais non, Anna ne bougera pas, si ce n’est du bout potelet de ses petits doigts qui s’agitent et s’agitent encore, frénétiquement.
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Elle parcourt sa vie d’un tour d’esprit, aplatissant son regard sous le poids de sa concentration. Elle sait qu’elle les connaît ces huit caractères, ils ont forcément un rapport quelconque avec sa vie, comme tous les mots de passe, alors elle tente de se souvenir de tout évènement marquant, de toute personne proche. Sa date de naissance. Non. Le nom de son chien. Non plus. Le nom de son doudou de petite fille. Non. Le prénom de son premier baiser. Toujours pas. Elle essaye tout.
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Comment a-t-elle pu oublier ? Trois jours seulement qu’elle a ouvert cette boîte mail. Trois jour et déjà un mot de passe perdu. Et forcément, elle n’a pas jugé utile de remplir, lors de son inscription, la zone réservée à l’oubli du mot de passe, la fameuse question secrète. Bien sûr que non, à quoi ça aurait servi, elle n’allait quand-même pas l’oublier, il était tellement évident.
Un éclair traverse ses yeux, un sourire pointe. Ca y’est elle le tient le bougre. Le nom de son prof de math, qui est si mignon avec sa barbe de trois jours et ses petites lunettes rondes. Ca ne peut pas ne pas être ça ! Ses épaules, qui s’étaient inconsciemment redressées, gonflées par l’espoir, retombent. Ce n’est pas ça non plus. Elle savait bien qu’elle ne pouvait pas lui faire confiance à ce prof débile !
La date de naissance de sa grand-mère, avec laquelle elle s’entend si bien, le surnom de sa meilleure amie, son propre surnom. Non, non, et toujours non.
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Mais pourquoi elle ne lui a pas donné son numéro de téléphone ? Hein ? Vous pouvez lui dire ?
Sur le moment elle s’était dit que les garçons n’aiment pas trop le téléphone, et que ne faisant (peut-être) pas exception à la règle, il ne l’appellerait jamais. Ou trop tard. Ca semblait être une idée pertinente, le meilleur moyen d’avoir de ses nouvelles. Et elle voulait absolument qu’il la recontacte. Il était gentil, il était drôle. Surtout, il était craquant, extrêmement craquant avec son sourire de tueur et ses fossettes toujours, semblait-il, souriantes. Et il avait promis de lui envoyer un mail le soir même, pour lui donner rendez-vous, pour aller boire un café un de ces quatre, ou autre chose, n’importe, comme elle voulait. Il voulait juste la revoir, c’était tout.
Mot de passe incorrect. Veuillez le ressaisir.
Et derrière ce mot de passe à la con, un rendez-vous craquant !
Juste là, presque à portée.
Ca tient à peut de choses, des fois…
11:36 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, *de tout et de rien*, écriture, blog, littérature, nouvelles




