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26.04.2007
ce grand pin qui en est devenu nôtre
Nous jouions ensembles, enfants. Dans la même petite école aux mûrs fissurés, aux pupitres gravés, au tableau noir maculé d’incompréhensibles hiéroglyphes blanchâtres. Elle, elle venait de la vallée voisine, en une époque lointaine où aller à l’école se méritait. Une heure de marche au petit matin. Une heure de marche au grand soir. Tous les jours de classe, c’étaient les mêmes ciels rouges nous accompagnaient et nous raccompagnaient sur les chemins escarpés de nos montagnes. Ces montagnes sur lesquelles avaient cogné et résonné nos premiers cris de nourrisson.
Mais ce qui doit arriver arrive. Et à ce moment là, c’est la guerre qui devait arriver. Elle nous est tombée dessus un jour, sans prévenir, tout juste précédée de quelques rumeurs, de quelques cris de loup dans la nuit, de quelques regards inquiets. Après une année légèrement troublée, cette guerre a enfanté dans une douleur muette.
Une frontière. Fragile. A peine présente, mais criante, hurlante, courant sur les crêtes. Entre nos deux vallées de nouvelles règles despotes se sont érigées. La plus grave : partager notre pupitre nous était dorénavant interdit.
Ces vallées qui était nôtres, sources de toutes nos libertés, lieux de tous nos jeux d’enfant, étaient devenues oppressantes, pesantes de tout leur granit nu sur nos fragiles épaules. Une prison de pierre infranchissable aux murs lisses, sans prise, dont même s’approcher était devenu impensable. Il a fallu attendre, encore et encore. Et encore.
La patience torture les enfants et les ronge, suçant la moelle de leur insouciance avec délectation. Abominable cruauté…
Jusqu’au jour où, après des années, la peur devint plus faible que l’envie, la force de l’habitude érodant jours après jours le respect craintif des invectives de nos anciens. Nous avons alors partagé une idée. La même idée à germée de nos deux esprits-cotylédons. Contourner, s’entêter, refuser. Chacun suivit alors son instinct, son chemin, de part et d’autre du pic de granit que nous avons atteint le même jour, la même heure, la même seconde.
Du moins me l’a-t-elle longtemps fait croire, elle qui était venu là chaque jours comme en un pèlerinage, durant ces quelques cinq années. Juste là, assise sur son bloc de granit, au pied de ce grand pin qui en est devenu nôtre.
(photo : Jean-Philippe Poli)
14:00 Publié dans 1 - Orchidées | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
24.04.2007
Déblat(t)ération
La bête était là. Tapie. Recroquevillée. Ineffable. Patience incarnée, amorphe.
Elle était certainement là bien avant que j’arrive, m’attendant tranquillement dans son immobilité placide, sournoise. Une de ces bêtes qui rampent, se cachent, glissent discrètement d’une zone d’ombre à une autre. Une vague obscurité l’entoure continuellement, la suit, lui colle aux talons. Elle est dans son élément de prédilection et s’en délecte.
Que la lumière se fasse et elle se carapate. Sans cesse vile et fuyante.
Une présence infecte qui saute aux sens, et entraîne une répulsion instinctive alors même que la conscience n’en a pas encore analysé l’origine. Légère sueur, froide. Dilatation de la rétine, ouverte sur le néant. Muscles contractés, prêts à l’action. Fuite ou combat, l’avenir le dira.
Celle-ci devait être plus téméraire que ses habituelles comparses, habituées à la multitude grouillante, partageant voracement leurs victimes pourrissantes. Une exploratrice solitaire. Une éclaireuse en reconnaissance, peut-être.
Etait-elle là depuis longtemps ? Peu importe elle était là et me faisait face, insolente.
Dégoût et écœurement.
Un vif coup de journal a suffi.
La bête fut.
15:25 Publié dans 5 - Pissenlit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
17.04.2007
En quatre...
Le week-end dernier, je suis allé me faire testonner…! Je pourrais arrêter là, cette nouvelle en soi pouvant être considérée comme exprimant suffisamment de sagacité pour mériter à elle seule la rédaction d’une note. Mais je vais pousser un petit peu plus loin, mais pas trop quand-même, la récolte des fruits de ma réflexion.
Première chose, indispensable pour bien saisir toute l’éminence péremptoire de ce qui va suivre, il faut savoir que je ne confie mes élégantes bouclettes à des mains expertes et professionnelles qu’une fois l’an. Et encore, c’est bien souvent sur les recommandations empressées de mes proches. Soit disant, ça me ferais une tête de grunge sur le retour, de jeune branleur, de j’menfoutiste, à la croisée des chemins dont l’un irait de Joe Cocker vers Michael Jackson période black, et dont l’autre relierait Slash, célèbre guitare-héro des années 80-90, à Einstein, les jours où se coiffer pas n’était pas une priorité.
Frisés, calamistrés, longs, emmêlés, ébouriffés, tombants, enchevêtrés, fous, autonomes, flous. Mais propres, c’est déjà ça. L’hygiène, c’est quand-même la base.
Moi, personnellement je m’en fous. Je les laisse pousser quand même. Réminiscence de mes années contestataires ? Peut-être… Toujours est-il que, 364 jours à l’année je les laisse s’exprimer librement, et qu’un ou deux jours par an, je les rase, ou presque. C’est très conceptuel. J’aime le changement. C’est comme ça. Bien sûr les p’tits malins me rétorqueraient qu’il est possible de changer de coiffure tout en aillant l’air classe et propre sur soi, pourquoi pas, même, tendance (chose que j’exècre parmi tant d’autres). « Ben ouais » que je leurs répondrais alors, « mais non ». Car ce que j’aime justement c’est le changement de regard. Ce que j’aime c’est qu’on me juge bêtement.
Bien sûr, le fait qu’il s’agisse là d’une volonté consciente, a son importance. C’est même indispensable. Parce qu’être jugé sur une malformation de naissance, sur une couleur de peau, sur le genre, ou sur toute chose imposée, c’est pas top, vous en conviendrez. C’est même condamnable.
Par contre, être regardé de travers par, choix, c’est souvent jouissif. Ce que j’aime, c’est être la victime d’a priori (pourquoi met-on toujours les mots latins en italique ? question crutiale !), voir même dans certains cas de discrimination. Ce que j’aime c’est que les petites vieilles me regardent avec un soupçon de dégoût, que les biens pensants me jettent des regards de mépris. Renvoyer les autres à leurs propres idées préconçues, à leur stupidité intrinsèque, à leurs jugements imbéciles, à leurs raisonnements hâtifs.
Chaque remarque déplacée me fait sourire, chaque œil choqué me ravi, chaque distance prise me réconforte comme un vin chaud après une journée de ski (bien que je n’aille jamais skier, mais j’imagine aisément le bonheur procuré par le vin chaud).
Une coiffure, c’est peu de chose, mais c’est dingue l’effet que ça peut produire.
Mais ce qui est fou dans l’histoire, c’est que je suis comme tout ces gens que je critique… Et ouais !
Parce que depuis une semaine, je me sens différent, plus mûr, plus sûr, plus pur (enfin pur, c’est juste pour trouver un 3ème mot en –ur). Je me tiens droit, je parle mieux, la fierté et l’assurance brillent de concert dans mon regard. C’est dingue non ?
(resterait quand-même à savoir si le jugement porté sur ma personne est juste avant ou après le passage chez le coiffeur, mais quand on ne veut pas connaître la réponse, pourquoi poser la question ? Hein ?).
09:40 Publié dans 4 - Narcisse | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
16.04.2007
La vie est un long fleuve tranquille…
Titre d’un film devenu maxime atemporelle ou proverbe inspirant une œuvre cinématographique ? J’en sais rien, et à la rigueur, je m’en fous comme de mon premier poisson rouge. D’autant que je n’ai jamais eu de poisson rouge, pas assez interactif à mon goût, pas d’affectif et impossible à dresser. Alors à quoi bon avoir un animal de compagnie sil ne nous obéit pas, s’il n’est pas un esclave en miniature, exutoire d’un pouvoir qui nous fuit si souvent dans la vie quotidienne ?
Bref, la vie est un long fleuve tranquille. Soit. Pourquoi pas. L’image est intéressante et bucolique exprimant un inexorable, une force douce, un destin fluide qui coule et se repend. Soit ! La vie est un long fleuve tranquille, puissant mais lent, avançant inéluctablement vers une fin, vers une dissolution totale et inévitable dans le grand tout.
Certains, sur ce grand et long fleuve tranquille, se déplacent en hors-bord, vitesse fuyante et diminuant d’autant le temps de parcours, offrant aux autres une vision mi-décalée, mi-admirable d’une vaine agitation entraînant dans son sillage des vagues énormes qui perturbent le calme initialement promis.
D’autres, qui ont eu moins de chance, y ont été jeté sans un gilet de sauvetage, sans une bouée se secours, petits chatons dégoulinants se débattant dans le courant qui les entraîne. Il en est même quelques uns sont tombé dedans armés d’un bloc de bétons armé à chaque pied. Paix à leurs âmes.
Il peut aussi se trouver quelques kayakistes qui se démènent énergiquement contre leur sors, tentés de suivre les hors-bords à la force de leurs petits bras, pressés d’aller voir de plus près cet océans que personne ne connaît mais dont tout le monde parle en chemin, ou pressés de fuir les rapides et leurs dangers.
Et les péniches dans tout ça ? Bien sûr elles vont moins vite que les petits mais puissants bateaux à moteur, beaucoup moins vite, certes. Mais elles sont tellement plus sécurisantes. A-t-on jamais vu une péniche se retourner, chavirer, couler, s’écraser ? Bon d’accord, ça peut arriver, mais ça reste suffisamment anecdotique pour être ignoré. C’est rassurant les péniches, on y est nombreux, on y est masse, et le troupeau est toujours plus sécurisant que l’isolement. Tout le monde n’a pas l’âme d’un aventurier.
Moi, j’ai choisi, si tant est que réellement il y ait eu choix. En fait, non, je n’ai pas vraiment choisi, je parlerais plutôt d’un heureux hasard. Le seul choix que j’ai pu faire a été de jeter les rames qui étaient livrées dans mon package de naissance. Je ne suis pas pressé. Et peut-être serviront-elles à quelqu’un de plus volontaire que moi, ou de vainement plus frénétique que moi. Grand bien lui en fasse…
Alors on peut me voir, ici ou là, allongé sur le fond plat d’une petite barcasse de bois à peine plus grande que moi, bras croisés derrière le crâne, me laissant dériver en tournant légèrement, parfois restant bloquer contre un rocher le temps que les éléments me poussent un peu plus loin. Quand il pleut, j’agrippe quelque branche d’arbre pour m’abriter en attendant la prochaine accalmie.
Je me contente d’attendre que le temps passe en profitant du spectacle qui m’est offert, souriant à la vue de la vaine agitation des uns, faisant des signes amicaux de la main aux plaisanciers, partageant parfois mon petit espace avec ceux qui trempent dans l’eau, accrochés à des débris flottants.
Telle est ma liberté… Et pour rien au monde je ne la braderais, que ce soit dit… !
13:50 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
13.04.2007
hêtre et pas reître...
On dit que l’habit ne fait pas le moine. Si, si, on le dit. J’ai personnellement prononcé cette maxime un nombre incalculable de fois, et bien souvent dans un but prurement défensif. Mais à la rigueur, je m’en fous, je n’ai pas l’intention de m’enrôler dans l’armée ecclésiastique, et encore moins de me promener avec pour unique paravent à ma pudeur une toile de jute à capuche. J’ai la peau fine, fragile et sensible, c’est comme ça. Mais revenons à nos moutons (ou, pour le clin d’œil à l’imagerie religieuse traditionnelle, à nos brebis égarées).
Moi, ça me conviendrais plutôt bien que l’on distingue systématiquement l’être et le paraître, parce que j’ai une meilleure opinion de moi-même que celle que l’on se fait à mon propos, à première vue tout du moins. Mais force est de constater que cette belle affirmation n’est qu’une utopie, une rêverie d’enfant qui n’a aucune conscience du monde dans lequel il vit, une sorte de communisme romantique à la sauce caramel mou (ce qui en soi, je vous l’accorde, ne veut pas dire grand-chose).
Et moi, il y a plein de trucs que je sais faire. Pêle-mêle : je sais couper très, très fin les oignons sans pleurer, faire bouger mes oreilles toutes seules, siffler en inspirant et en expirant, jongler avec trois balles, cracher des noyaux de cerise à plus de cinq mètres, boire deux litre de bière sans aller pisser, j’en passe et des pas pires. Mais il y a une chose (enfin en arrondissant) que je ne sais pas faire : paraître. Je me contente d’être, c’est déjà suffisamment prenant comme activité pour ne pas en plus faire semblant d’être quelqu’un d’autre.
J’aimerais pouvoir affirmer que c’est par conviction, par droiture morale, mais non, c’est simplement et uniquement par flemme.
09:30 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : être et paraître, opinion, réflexion, bla-bla
12.04.2007
Nécessité
Faire plus court me paraît être une chose des plus urgentes !!
18:02 Publié dans 5 - Pissenlit | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : neant
La barrière
Il faut continuellement se battre dans cette vie.
Mais contre qui me demanderez-vous ?
Contre les autres vous répondrais-je, tout simplement, tout largement. Ces autres là, ceux qui sont de l’autre côté de la barrière. Je ne parle bien évidement pas ici de mon voisin, avec qui du reste je m’entends parfaitement, qui se trouve de l’autre côté de la barrière en bois, peinte de blanc, marquant la délimitation entre nos jardins respectifs empêchant ses enfants de venir piétiner les parterres de fleurs que j’affectionne tellement et également mon chien d’aller croquer les mollets de ces doux chérubins expansifs que mon voisin affectionne tellement. Chacun son truc.
Non, ce n’est pas sur ce genre de barrière que je compte discourir. Celles dont je parle marquent d’une ligne imaginaire les jardins de nos esprits manichéens afin de garantir d’une part la propriété de ceux-ci et de conforter d’autre part chacun d’entre nous dans ses convictions personnelles. Car pour être bien sûr d’avoir raison, le mieux n’est-il pas d’avoir face à soi une personne que l’on exècre – et qui a la gentillesse de bien vouloir nous détester à son tour – penser le contraire ?
A titre d’exemple, prenons le comportement routier, qui est suffisamment stéréotypé pour être compris par tous et facilement vérifiable. D’autant que les hasards du calendrier font qu’il y a peu c’était la journée de la courtoisie au volant, bien que cela ne soit que purement fortuit.
Combien de fois, assis paisiblement à la place du mort et conversant gaiement avec quelque ami reconnu pour son accortise (mot que j’emprunte ici au professeur Rollin dans le but de contribuer autant que faire se peut à la sauvegarde de ce mot en voie de disparition, chacun son combat…), ai-je tout d’un coup sursauté sous le coup des invectives de mon compagnon (qui n’est que de route) vilement dirigées vers un piéton distrait qui se faisait alors fermement engueuler pour avoir failli prendre ma place (celle du mort pour ceux d’entre vous qui ne suivraient pas). Je vous passe ici les détails de sa rhétorique, superbe modèle du genre.
Combien de fois également n’ai-je soupiré de lassitude, exaspéré par les propos injurieux fulminés par quelque randonneur urbain envers un automobiliste lambda qui s’était vu forcé de piler soudainement en apercevant dans son champ de vision un individu impatient d’attendre que le petit idéogramme le représentant symboliquement passe au vert.
Jusque là me direz-vous, il n’y à pas de quoi fouetter un chat, ni battre le beurre (d'autant que n'y l'un ni l'autre n'ont de rapport avec le sujet). Chacun a le droit de penser ce qu’il veut, et même de le dire, de le crier, de le hurler jusqu’à outrage puisque le principe démocratique est chez nous de rigueur. Bien évidement, et je ne serais pas homme à contredire cet état de fait, à m’opposer aux libertés individuelles chèrement acquise du sang de nos ancêtres, que je me permets de remercier pour l’occasion qui ne se présente pas si souvent. D’autant qu’il est vrai qu’ils font chier ces enfoirés de piétons, et qu’ils sont passablement casse-couilles ces affreux toto-mobilistes.
La chose se complique pourtant lorsque les dits ‘toto-mobilistes‘ sortent de leur véhicule pour se rendre dans un endroit qui n’est pas accessible en quatre roues motorisés. Ils se transforment alors en piétons accablants. Et ceux-là mêmes qui gueulaient à s’en péter les cordes vocales (ce qui ferait toujours un candidat potentiel de moins à la star-ac’… y’a pas de petit profit….) et les tympans vu l’espace exigu de leur auto, vociférant allègrement contre les bipèdes (ici encore je rend grâce à nos ancêtres qui ont eu la merveilleuse idée de se redresser, jadis dans la savane, et qui nous permettent par là même aujourd’hui de pouvoir marcher tout en portant les sacs plastiques remplis de marchandises de toutes sorte, parce qu’on serait bien emmerdés, à quatre pattes) se mettent (et non, la phrase n’est pas finie, les esprits qui ne me suivraient pas son prier de reprendre la phrase à son début, en ne lisant pas les apartés…) à en faire de même mais cette fois envers leurs anciens collègues motorisés bien vite oubliés et reniés.
La morale dans tout ça ? C’est que nous sommes toujours le con de quelqu’un. Ca, c’est une morale qui déchire ! Le maximum que l’on puisse faire étant d’éviter d’être notre propre con, afin de faciliter ces courts passages dans l’existence du monde que sont nos piètres vies.
En tout cas, faîtes comme bon vous semble, moi, je ne suis pas regardant, ce qui m’évite bien des conflits.
09:36 Publié dans 5 - Pissenlit | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
11.04.2007
Foutue tremblote...
M. Darmon est assis à la terrasse du café qui se situe à l’angle de la rue Colbert et de l’avenue Zola. Au soleil, il profite calmement de cette belle journée, qui pour l’instant est de repos. Car ça peut changer d’une seconde à l’autre, M. Darmon pouvant être amené à rempiler sur un simple coup de fil. Bien sûr, c’est contraignant, mais la rémunération est grasse, alors…Et il se console en se disant qu’après tout, quand on ne sait pas combien de temps durera le répit, on apprécie d’autant mieux de chaque instant passé à ne rien faire.
Alors qu’il dirige sa main droite vers sa tasse de café, M. Darmon se ravise dans un geste brusque et la cale dans son autre main, jetant un rapide coup d’œil alentour. Ouf, le pire a été évité in extremis. Foutue tremblote. Elle attend toujours le moment le plus délicat pour se manifester. Une demi-seconde plus tard, c’était la catastrophe : du café brunâtre et brûlant sur son costume - qu’il a toujours choisi clair, peut-être par opposition à sa propre noirceur – aurait trahis sa faiblesse.
Une demi-seconde plus tard, et s’en était fini.
Foutue tremblote, se répète-t-il, en pliant le poing, le dépliant, se massant le creux de la main du pousse gauche. Lui qui avait toujours eut la main si sûre, si ferme. C’était sa qualité majeure, selon les critères de ses employeurs successifs. Maintenant ces tremblements allaient tout remettre en question... Lui qui jusque là avait toujours été confiant, serein, la conscience bien à sa place, il apprend à gérer l’angoisse générée par ce handicap passager.
Passager mais récurrent. Et de plus en plus fréquent, aussi…
D’où ça lui vient, M. Darmon serait bien incapable de le dire. Le stress, l’alcool, une quelconque maladie dégénérescente. Peu importe. Tout ce qu’il sait, c’est que c’est venu comme ça, sans aucun préavis, sans même lui laisser aucune sorte de chance pour s’organiser, pour faire face.
Un jour tout va bien, et le lendemain, tout par en couille. La vie est comme ça paraît-il, mais la sienne ne durerait pas longtemps, avec cette main révoltée.
Assis à cette terrasse, M. Darmon sent que la crise passe, doucement. Chaque fois, elle repartait aussi lentement qu’elle arrivait soudainement. C’est le moment exact, pas un autre, que choisit son bipper pour s’exprimer. Dommage pour le café…
……
Une fausse alerte… Un traquenard même…
Plus jamais sa main ne tremblerait. C’était une certitude criée au monde par ce petit point rouge sur le front.
Un petit point rouge qui n’était pas malheureusement pas le signe de sa conversion à une quelconque religion d’origine indienne, bien que le calme extatique de son visage eût pu faire croire en une contemplation méditative du néant.
Car aucun client ne l’attendait à l’endroit indiqué…
C’était lui, le client.
09:25 Publié dans 2 - Rose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
10.04.2007
Il faut absolument que je vous parle de Betty !
C’est une jeune femme dont l’âge s’approche avec flegme de la trentaine et demi, et dont le corps aurait par malice décidé de se soustraire à la fourberie du temps, au point que certains lui donneraient aisément une dizaine d’année de moins, sans même hésiter.
Mais c’est bien beau de paraître jeune, encore faut-il avoir la jeunesse attrayante ! Car fraîcheur et beauté sont, nombre d’adolescents et d’adolescentes pourrons vous le confirmer – et s’ils étaient trop réservés pour ce faire, demandez à quelque femme de votre connaissance et approchant la quarantaine si cela les prive de séduction –, deux caractéristiques hasardeusement associée ou dissociées !
Betty quand à elle pourrait se vanter, si tant serait que cela fusse dans son caractère emprunt d’humilité – à moins qu’il ne s’agisse là que d’insouciance –, d’avoir eut comme marraine une fée généreuse, penchée sur son berceau le jour de sa naissance pour lui offrir ce double présent. Non qu’elle soit immédiatement cataloguée comme une magnifique vamp à la Tex Avery , version femme pulpeuse, aux formes généreusement charnelles, avec l’ascendant psychologique et l’assurance qui sont livrés avec. Pas du tout, bien que techniquement, ses stricts mensurations le lui eurent permis.
Quand on voit Betty pour la première fois, habillée, le premier réflexe n’est pas de la déshabiller des yeux. On se contente d’apprécier la beauté, la vraie, qui émane de sa gracieuse personne. C’est peut-être dans ses yeux que tout se joue. Car son regard est véritablement étrange, aux limites de l’envoûtant.
C’est la première réflexion que je me suis fait quand il a croisé le mien, par une heureuse inadvertance. Pour décrire grossièrement l’indescriptible, je dirais que ce regard, qui la défini toute entière, est le mélange de trois regards ‘identifiables’. Celui d’une mère mi-amusée, mi-attendrie qui regarde son tout petit bout d’homme grimacer compulsivement, dans l’innocence de son sommeil d’enfant. Celui d’une petite fille, de sept ans environs, admirative et curieuse écoutant son père lui conter quelque histoire de princesse et de gentil chevalier. Et celui enfin plein de tendresse d’une amante dont l’appétit vient à peine d’être assouvi. Mélangez tout ça, laissez décanter, filtrez, et vous aurez un petit aperçu des ravages susceptibles de se produire dans le cœur de l’homme qui aurait l’imprudence de se baigner trop longtemps dans cet azure.
Bien sûr le tableau ne saurait être parfait si Betty n’ignora avoir autant d’emprise sur la gente masculine – et pas seulement – ou du moins qu’elle ne se comporta comme si elle était une personne comme les autres, ni moins ni plus. Simplicité dans l’attitude fidèlement traduite par son code vestimentaire, fait en majeur partie d’un mélange de sobriété et de nonchalance. Un modèle du genre jeune citadine qui ne se prend pas la tête deux heures pour s’habiller. Jean, petit débardeur au décolleté créateur de torticolis sans être provoquant, petit pull jeté sur les épaules et que rejoignent élégamment sa chevelure brune, presque noir, généralement laissés libres, excepté lors des lourdes journées d’étés pendant lesquels les attacher s’avère plus confortable.
Je ne puis aller plus loin dans ma description, ne faisant que la croiser, chaque jour depuis 15 mois maintenant. Elle prend le même bus que moi le matin, et parfois le soir, quand mon boulot me permet d’en partir à une heure descente. Je sais que plusieurs d’entre vous me conseilleraient de tenter ma chance, d’essayer une approche. Qu’aurait-je à perdre ? Mais ce nombre de vous qui me dirait cela n’aurait rien compris. Car toute la beauté est là, dans l’éphémère, dans la curiosité, dans l’imaginaire.
La croiser cinq petites minute me comble déjà bien suffisamment.
10:45 Publié dans 2 - Rose | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
05.04.2007
Dis....?
- Dis… tu m’aimes ?
- ‘Tu m’aimes ?’
- Arrêtes tes conneries, je suis sérieux là !
- Bien sûr… T’as d’ces questions !…
- Tu m’aimes comment ?
- Comme ça…
- Comment comme ça ? Comme ça en montrant le lampadaire du doigt ? Comme ça, en passant ? Comme ça, tel que je suis ? C’est pas une réponse ça, ‘comme ça’. C’est quoi ‘ça’ ? C’est qui ‘ça’ ?
- ‘Ca’ est une folle…
- Une folle comment ?
- Qu’est-ce que ça peut faire ?
- Une différence…
- Par rapport à quoi ?
- Je sais pas…
- Ben on est avancés avec ça !
- Non pas avec ça, avec ’ça’.
- C’est d’ma faute quoi…
- J’veux bien partager, si tu veux m’en donner un peu.
- Partager quoi, l’amour ou la faute ?
- Les deux, de toute façon ça reviens au même, alors...
- Mais qu’est-c’que tu racontes ?
- C’que t’entend pas…
- Si, j’entends. Mais ça m’aide pas à comprendre !
- S’aimer est une faute, une défaillance, un fardeau…
- Connerie…
- Non, pas connerie, folie…
- C’est ce que j’disais : ‘ça’ est une folle. Je crois que tu t’trompes, c’est toi qui n’écoute pas…
- Mieux vaut se tromper que l’être…
- Peut-être, oui…
……
- Serres-moi…
……
- Je t’aime…
……
- Je t’aime…
14:09 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog




