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26.06.2007
L’empire des mouches
Sursaut. Quelque chose à claqué, là, juste derrière moi. J’en ai lâché mon verre de plastique. L’eau de source a jaillie. Elle s’écoule et se répand sur la moquette grise, pas pressée mais d’une rare obstination.
Malgré la soudaineté du choc, et les monstrueux à-coups causés à cœur, je reste méditatif. Je suis totalement absorbé par cette petite flaque qui lutte comme elle peut contre la capillarité despotique des poils gris. Le résultat de la joute est joué d’avance. On ne vainc pas la physique…
Un deuxième claquement me rappelle au réel. C’est C., qui chasse une mouche. Il ne doit avoir que ça à faire C., fidèle à lui-même. Un mollasson. Du moins c’est ce que dit le chef, à qui veut bien l’ouïr. Un imperturbable placide, de ceux que vivre suffit à épuiser, de ceux qui échappent à toute emprise extérieur. C’est homme libre C., un homme qui ne fait que ce qu’il décide... Seulement il ne décide jamais rien, c’est bien trop de responsabilité, pour C..
Mais pour une fois, il a pris une initiative…Un début… Il chasse une mouche.
Il n’y a qu’un obstacle qui le sépare du but qu’il s’est fermement imposé. Sa vivacité. Enfin… son manque de vivacité. Pathétique. Quand il vise la bestiole, elle a le temps d’aller le narguer en faisant trois fois le tour de son journal avant qu’il ne touche le bureau. Mais il y met du cœur. Et ça, ça m’y met du baume, au cœur, de le voir se démener de la sorte.
Ca y’est, elle a dû le piquer. Parce qu’il commence à enrager, ses mouvements se font plus rapides, plus violents aussi. Il s’agite avec un acharnement compulsif, mais sans grand résultat. Elle est toujours là, à le narguer, à lui tourner autour dans un ronronnement démoniaque. Il s’énerve, il peste, il jure. Des propos infâmes que je n’aurais jamais cru entendre de sa bouche, d’ordinaire béate et muette.
Le temps est venu de s’immiscer !
Je lui dis que ce n’est pas grave, que ce n’est qu’une mouche. J’aurais mieux fait de me taire... Déjà ivre d’une colère à peine naissante, il me répond de la fermer, ma grande gueule, pour une fois. Qu’il ne m’a rien demandé, chacun pour soi, et lui seul contre elle. Interloqué, je ne la ferme pas, justement. J’ai la bouche grande ouverte, pendante et inerte. Impossible de bouger. Comme je dois avoir l’air idiot à cette seconde précise !
Je reprends mes esprits et m’apprête à m’en prendre à son manque. D’esprit. Au moment exact où j’aspire profondément, pour me lancer dans une série d’agressives invectives, la mouche, que ce nouvel espace à sa portée intrigue, s’engouffre.
Un troisième claquement. Sur ma joue celui-là. Il avait suivi l’insecte du mouvement. Elle rougit à vue d’œil, ma joue gauche, bientôt rejointe dans sa coloration par la droit, solidaire, qui s’empourpre d’une colère légitime. Il me concurrence alors, mais de honte. Car une fois la mouche disparue, son énervement s’est évaporé avec, et il se rend compte de son acte, de sa maladresse, de sa démesure.
Il s’excuse…
Je tousse...
17:35 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
25.06.2007
Des algues brunes...
Des algues brunes. Voilà à quoi ses cheveux me font penser alors que je l’aperçois, à quelques pas de là. Des algues brunes qui dansent, un jour de tempête. Image furtive d’abnégation. De toute façon, les remettre en place ne servirait pas à grand-chose. Ou pas longtemps. Le vent d’ouest souffle fort aujourd’hui. Ca ne dérange pas tellement les buissons denses d’ajonc en haut des falaises de granit. Profilés, disciplinés par des années et des années de vents violents, de pluies drues, d’embruns corrosifs. Petits, trapus, les pieds fermement ancrés, ils frissonnent à peine.
Parmi eux, sur son petit promontoire, elle paraît ballotée au gré des rafales de plus en plus puissantes. Pourtant elle ne bronche pas. Les jambes sont rassemblées sous les bras, ramenées près du corps. Diminuer la prise au vent et garder un peu de sa chaleur, de son énergie. Seule sa tête, haute perchée, dépasse de ses vêtements que les intempéries rendent informes. Sans cette fière chevelure brune, je l’eus prise pour un simple voile accroché aux branches épineuse. Un épouvantail, en quelque sorte.
Je ne suis qu’à quelques mètres derrière elle, mais elle ne semble pas avoir noté ma présence. Ou alors elle s’en fout.
Menton sur les genoux, elle laisse sa nuque blanche apparaître, entre deux assauts. D’où je suis, il ne m’est pas permis d’en voir plus. Mais nul besoin...
Les yeux plissés. Verts. Comme les reflets de l’eau rageuse et spumeuse, sous elle. Des yeux plissés par le vent, presque clos et qui se termine en une fine gouttelette salée. Plissés par l’inconfort, un peu. Plissés par le défi, surtout. Et la fierté. Le vent cessera qu’elle n’aura pas cédé, magnifique parce qu’inutile bravoure. Silencieuse vengeance de ces moments de faiblesse devenus trop nombreux.
Comme il commence à faire un peu frais, ses joues, d’ordinaire immaculées aux limites du maladif, se retrouvent rosées, rougies. Comme sous les sollicitations verbales d’un soupirant. Non, elle ne rougis pas dans ces situations. Pour rougir, il faut être gênée. Ou coquette. Or elle n’est jamais ni l’une ni l’autre.
Seul le vent lui fait cet effet. Elle vient le provoquer ici chaque soir, et ce soir il semblerait qu’il réponde à ses appels. Alors elle tend le cou vers l’avant. Elle en veut plus, elle veut qu’il se déchaîne. Qu’il l’emporte donc, s’il se sent si fort. Qu’il l’emmène loin, le plus loin possible de ces côtes qu’elle connaît par cœur. Qu’elle connaît trop. Chaque faille, chaque arrête, chaque souffrance, chaque murmure étouffé.
Ils lui rappellent ceux étouffés, le soir, entre les plumes d’oie.
Mais déjà, le vent se calme, et je me retire doucement, un peu honteux de mon voyeurisme, la laissant à nouveau seule avec ses rêves d’évasion…
Demain, je viendrais m’assoir à ses côtés, sur ce petit bloc de granit.
18:40 Publié dans 2 - Rose | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
22.06.2007
il suffit...
Aujourd’hui, pour un jour d’été commençant, l’humeur du temps semble être à l’automne. La haie de bambous bambins que j’aperçois de mon bureau s’agite avec une rare frénésie. Elle ploie docilement sous les rafales, subit en une admirable abnégation des coups d’eau. Par instant, on croirait à s’y méprendre qu’elles dansent, ces tiges érigées. Nous initier à la mirobolante sarabande, oubliée de longue date. Tel est son unique espoir, sa seule ambition exhibée. Un Since I’ve been loving you déchirant, intense, poignant.
Comment résister à l’invite ?
Laisser sa vie là où elle est. Là-même où d’une marche forcée elle nous a conduits, au rythme ignoble de ces saisons ignorées, de l’éphéméride imposée. Et nous, dociles, nous suivions alors même que les bambous rebelles se balancent ? Rappel de l’ordre des choses établies à abolir à coup d’autonomie, de liberté.
Oui, l’automne en été, bien sûr, l’automne en été. Et comment !
Une preuve. La démonstration suprême par voix naturelle. Rien n’est figé. En ces instants fragiles, éphémères, je me mets à penser que tous est possible, que ça suffit comme ça. Qu’il suffit de…, aussi. Ne pas avoir peur. Nous n’avons rien à craindre ni rien à perdre, puisqu’il suffit de. Pas de complexité cachée, timide, complexée. Juste une simplicité, unique, entière, qui n’est plus seulement rêvée mais révélée. Partout, par le Tout.
Il suffit de…
Il suffit de regarder un peu. De s’arrêter quelques instants inspirants pour souffler. Regarder un peu le monde dans les yeux. Les yeux ne mentent jamais, ou si peu…
Il suffit de…
Pas plus…
14:57 Publié dans 1 - Orchidées | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
21.06.2007
le salé de ce baiser...
J’ai toujours eu la mémoire capricieuse. D’aussi loin que je me souvienne. Non pas qu’elle soit sélective, comme si souvent elles sont. Encore moins que j’ai atteint cet âge avancé où les souvenir ne sont que vapeurs de songe. Non. Mais sont jonchés sur le sol de cette mémoire des centaines, des milliers de souvenir morts ou disparus, qui n’ont jamais trouvé leur chemin, dans tout ce dédale cérébral. N’ont survécus à l’hécatombe que de petits détails, le reste étant perdu. Mais ces rescapés, je les chérirais à jamais, comme autant de reliques d’un passé rogné.
Un exemple ?
Je pense en particulier à cette journée de fin de printemps de ma seizième année, dont je n’ai pratiquement aucun souvenir. Une de ces journées étendues que respire la vie, dont la simple évocation nous pousse à prendre, instinctivement, une longue inspiration yeux fermés. Aspiration soudaine au bien-être.
Où nous étions, ce qui nous avait amenés là, ce que nous avons fait après. Des questions simples. Mais sans réponse fermement affirmée.
Il devait faire beau, j’imagine...
Nous devions certainement être en bande, comme toujours à cette époque oubliée de mon histoire. Une meute affamée d’une vie qui coulait, perdant nos après-midi à l’orée des bois qui cernaient notre lotissement de banlieue. Je ne me souviens pas, malgré mes efforts récurrents, ce doux moment passé autour d’un joyeux petit pique-nique, improvisé, approvisionnés de différents mets, certes modestes, que chacune de nos mères avait bien voulu nous laisser Emporter.
Perdu, ce souvenir d’éclats de rire, de jeux idiot d’adolescents que nous étions tous les cinq. Le flou total. Pas une seule image de nos trognes d’alors n’a survécue jusqu’à aujourd’hui. Aucun chant d’oiseau ne me trotte en tête. Il pourrait me guider et me montrer la voie qui me ramènerait à ce jour béni d’heureuse insouciance.
Oubliée, cette troublante sensation. Quand je suis finalement, par un concourt de circonstance aidé de l’appel pressé des mamans, resté seul avec Elanie. Paralysé de peur par ce petit bout de femme, si familière.
Mais que cette panique était douce… De la douceur d’une aube d’été.
Effacée de ma foutue mémoire, cette course folle à travers champs, bras en croix au dessus de la tête en protection contre les gouttes.
Le tonnerre qui grondait sur nos têtes ne résonne plus. De toute façon, je ne devais pas l’entendre, couvert comme il devait l’être par les coups de mon cœur, lorsque nous nous sommes abrités, esseulés, sous ce vieil arbre.
Rien, il ne me reste rien de tout cela. Juste un détail, tout petit, minuscule. Jamais je ne l’oublierais...
Jamais je n’oublierais le salé de ce premier baiser échangé…
16:49 Publié dans 1 - Orchidées | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
18.06.2007
Trop
Trop de mots dits trop de fois. Usés, rongés par le temps et la vaine verve des hommes. Des rochers affleurants de pleine mer. Certains, assurément moins résistants que d’autres aux assauts successifs du ressac sont lissés, glissants et se dérobent à mon emprise. Quand à ces autres, maupiteux, densité mal repartie, ils se creusent, ne laissant apparaître que pics et pointes meurtrissant mes chimères absconses.
Trop de mots sensationnels tombés en désuétude, partis en tous sens et qui finirent par ne plus rien signifier. Gare à ces mots égarés qui égayaient jadis le chemin de raisonnements étourdis et qui pourrait par mégarde assombrir nos idées les plus lumineuses.
Trop d’histoires aussi, milles fois entendues. Ressassées. Ramassées de-ci de-là le long des chemins devenus voies rapide, d’être fréquentés ainsi à l’excès. L’Histoire se répète… Les histoires aussi, sous l’effet d’un mimétisme de petite sœur dont la ressemblance, bienveillante, assure les premiers pas.
Trop de fois j’ai lu ma vie dans des écrits anonymes, sur des rouleaux sortis de bouteilles trouvées sur des plages que je croyais désertes.
Trop de fois j’ai envié l’Autre, d’avoir exprimé avec tant d’aisance ce qui en moi grogne, ronge, gratte, frappe lourdement d’avoir été enfermé, tous ces cris enfouis, absorbé par les murs de mes oubliettes.
Mais malgré tout, j’écris…
18:41 Publié dans 2 - Rose | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
15.06.2007
Ca balance !
La chaîne couine, un peu. Au grès des balancements.
La vie c’est un peu ça aussi, des grincements, des crissements. Et quelques larmes étouffées. Et des oscillations aussi. Un peu en avant, un peu en arrière, on pousse un peu sur les pieds pour aller plus loin, plus haut. Mais on repart toujours en sens inverse. Elle a pu s’en rendre compte très tôt.
Trop tôt, peut-être.
Elle s’est réfugiée là, sur la balançoire de sa petite enfance. La balançoire de tous ses malheurs de petite fille, en témoin discret de gros chagrins jetés au vent. Ultime retour en arrière, plongée dans l’illusion de pouvoir retourner à cette époque où tout était à venir, où tout restait à faire. Trop tard. Il est trop tard maintenant.
La chaîne couine, et son cœur grince. La faute à toutes ces larmes. Elles ont fait rouiller les rouages, petit à petit. D’abord en petites boursouflures sous la surface lisse et rutilante. Insignifiantes infiltrations, à peine visibles. Personne n’a pu s’en apercevoir. Il aurait fallu se pencher, regarder de près.
La peinture a éclaté, laissant apparaître une plaie béante, affreuse, dangereuse. Coupante et rappeuse. Le poison avait pénétré jusqu’au plus profond, n’accordant aucun espoir de rémission. Aucun autre chemin que celui au bout duquel aujourd’hui elle se trouve, auprès de cette balançoire où, d’une façon ou d’une autre, tout avait commencé.
La corde grince sur le montant de la balançoire, au grès des balancements inertes…
15:45 Publié dans 5 - Pissenlit | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
14.06.2007
Cette grande gigue...
Cette grande gigue était plantée devant moi. Deux pieds ancrés au sol. Et un regard de perdu. De ceux qui sont perdus non pas parce qu’ils se sont trompé de chemin et qu’ils cherchent une échappatoire, coûte que coûte, acharné. Non. De ceux qui sont égarés depuis leur venue au monde. Alors ils ont stoppé net leurs investigations décharnées.
Mais ce vide occulaire n’avait pas l’air de le déranger.
Pas la tête attendu de l’emploi. Mais alors vraiment pas du tout du tout. La tête de rien en fait. Un visage qu’on voit sans retenir, à peine aperçu déjà oublié.
Ca n’avait pas l’air de le déranger. Ca non plus.
Ca devait faire partie du boulot… D’en avoir rien à foutre de tout, je veux dire. Ce serait même un critère de recrutement, que ça m’étonnerait pas plus que ça. Avoir un air à mi-chemin entre hébété et béat. Cette grande gigue, elle, ne devait pas avoir passé l’entretien, la première impression suffisait pour savoir qu’il serait constant. Sans effort, comme ça, tout en présence. Tout en absence.
Ca paraîtrait logique. Ca calme les ardeurs des clients mécontents, ça repousse les clients qui se prennent d’une amitié soudaine pour les préposés et qui allonge par leurs confessions la file et l’attente des autres, qui s’échauffent. Si en plus il faut patienter trois plombes, où va-t-on, je vous le demande…
Moi je voulais juste un petit réajustement, un léger correctif de rien du tout. Un peu moins de lâcheté. Pas grand-chose. Trop ça paraîtrait louche. Un coup à se faire lyncher en public. J’ai vu des lapidations pour moins que ça…
« Votre mise à jour sera disponible dans deux jours, il faudra alors, après réception du courrier prévu à cet effet et muni de votre carte de fidélité, vous présenter au bureau des livraisons mineures, le bureau 113. Escalier central, au fond sur la droite. Prévoyez dix à quinze minutes d’opération » qu’il a dit, calmement, sans même ciller.
...
« Numéro 432… »
15:35 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
13.06.2007
Carte postale
La silhouette tortueuse d’un acacia, qui se découpe sur le fond d’un ardant couché de soleil. Vue du ciel, une mégalopole de nuit, aux indénombrables lumières scintillantes. Un bloc de granit, poli par le temps qui paraît avoir été déposé sur la plage par quelque colosse monstrueux. Une cascade démesurée, si haute, si puissante que l’eau en devient nuage, arrosant finement une végétation opportuniste et luxuriante. A perte de vue des dunes de sable chauffé à blanc par un soleil implacable, esseulé dans un ciel limpide. Un chêne majestueux, seul face aux éléments, au sommet d’une colline verdoyante.
Une petite crique, ouverte sur une eau turquoise et poissonneuse. Le balancement nonchalant d’une marche éléphantesque. La pureté d’un bout de banquise qui, lassé de tant de blancheur, jalouse le ciel et lui vole quelques-uns de ses reflets bleutés. Les cercles de patience d’un aigle royal posant son regard implacable sur le moindre recoin reculé de son territoire de chasse. Le chaos millénaire d’une chaîne de montagne à barbe neigeuse. Un couché de soleil, axé sur les toits d’une cathédrale, fêtée par la ronde gracieuse des martinets.
Autant d’images de grâce, parangon de splendeur, expression du grandiose.
Autant d’images qui ne sont que cartes postales ternes pour qui a croisé Ton regard amoureux.
14:20 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
Toum-Toum
Toum-Toum.
Et ce paysage qui n’en fini pas de défiler. Colline bombée et vallon rentré. Qu’il est beau dans sa fierté, aux limites de l’insolence. C’est jour de grand apparat : myriade de floraisons et feuillages du dimanche. Que d’exubérances magnifiées, orangées de soleil, comme une invitation… Comme un défi. Et moi, Tantale, assis derrière ma vitre sale, je ne saurais le relever.
Toum-Toum.
Les jardins se succèdent. Barbecue de rigueur en cette fin de printemps, pour achever à coup de tong et de bermuda d’autres rigueurs, passées. Les enfants crieurs courent après leurs ballons, les invités rieurs vident les leurs. Et ces pères, rougis, qui redécouvre l’ardeur de nos ancêtres, observés par de craintives erréphores tenant à bout de bras le trophée sacrificiel. Les ambiances sont familiales et décontractées. Captieuses, aussi. Succédané de bien-être pour toutes ces vies parallèles. Ce défilé-ci est militaire, bien droit, bien aligné, au garde-à-vous.
Toum-Toum.
Les barrières s’envolent. Les haies se taillent. Les murs s’effritent. Ce pays sage reprend possession de ses terres, en souverain magnanime. Alors ces vies enterrées s’éveillent, s’affolent et se télescopent. Enfin...
Toum-Toum
J’ai du m’assoupir, bercé par les soubresauts craquelant des jointures.
Et toujours ce paysage qui défile, sans fin.
11:40 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog
11.06.2007
Eden urbain
Par un heureux hasard de calendrier, et de géographie, je suis repassé du côté de Nantes le week-end dernier. Et, attendant quelque correspondance ferroviaire, je suis allé faire un petit tour dans le jardin des plantes, avec lequel j’avais noué un certain nombre de liens et qui est à l’origine de la passion que je voue depuis quelques années au monde végétal.
J’étais donc là, au milieu d’autres touristes en transit, de nombre de famille à la descendance prolifique, de jeunes couples d’amoureux se bécotant sur les quelques bancs publics prévu à cet effet. L’ensemble donnant à ma visite un goût de sérénité d’une ballade dominicale.
D’autant que bientôt, toute cette foule des beaux jours s’est vue évaporée, littéralement, camouflée par le murmure des hautes branches de ces arbres honorables qui nous entouraient. Catalpas, Zelkovas, Ptérocaria, Cèdres de l’Himalaya, Sophora, tels étaient les noms de mes compagnons de fortune.
Je retrouvais mes marques, lentement, imprégné.
J’étais alors presque surpris de constater que j’avais oublié, anesthésié jour après jour par un quotidien envoûtant, à quel point cet espace de nature ordonnée et soumise me manquait, avec une cruauté malsaine que j’avais mésestimée.
L’heure étais propice à la contemplation. C’était l’heure à laquelle les tortues de Floride sortent de l’eau, étalées, cou tendu vers le ciel, pour réchauffer leurs carapaces sous les derniers rayons du soleil. C’était l’heure à laquelle les oiseaux sortent de leur silence pour se faire une dernière cour le long des allées, impudiques. C’était l’heure à laquelle la chaleur de la journée rencontre fugacement la fraîcheur de la nuit en une alliance ouatée.
Alors je me suis assis. Et j’ai contemplé... Que faire d’autre ?
Ce moment me rappelait, je ne sais trop pourquoi, ces vacances passées, jeune, chez mes grands-parents, lorsque grand-mère venait ouvrir mes volets. Je restais alors entre deux mondes concurrents, hésitant. J’observais, d’un air mi-absorbé, mi-absent, les feuilles du cerisier bruissant langoureusement au vent et laissais ainsi passer plusieurs dizaines de minutes, parmi les plus précieuses de mon existence.
J’en suis arrivé, insouciant et bienheureux, à fermer les yeux, pour souffler un peu et laisser le monde continuer sa ronde quelques instants sans moi. Le temps s’est écoulé, s’est répandu, s’est étiré, et s’est finalement arrêté, dans le respect de ma quiétude.
Que ces moments d’évasion sont absolus…
Mais déjà, mon détestable portable sonnait, m’arrachant à mes rêveries.
Un instant exaspéré par se retour forcé, je souriais déjà. C’était Elle, faite promesse de sursis pour ce paisible bien-être.
13:35 Publié dans 1 - Orchidées | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, humour, journal intime, *de tout et de rien*, écriture, blog




