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31.10.2007

Perce neige.

Une page manuscrite de mots étranges se soulève, mollement, sous l’absente impulsion de son index. Elle reste quelques infimes instants, comme suspendue, évadée dans son moment d’éternité. Sa petite seconde de gloire. Elle paraît hésiter encore, tentant d’échapper à la gravité pour prolonger encore un peu son incertain balancement, puis s’effondre en douceur et rejoint avec un sentiment de devoir accompli la pile de ses consœurs, comme elle marquées. Un rituel primitif, une initiation. A sa suite, une procession d’autres feuilles blanches. Dans l’attente.

Et la grande prêtresse accomplit son office poussée par sa frêle détermination, en Pythie inspirée, le regard concentré et la plume flottante. Elle prend très à cœur ce rôle que lui a confié l’Univers. Beaucoup de personnes passent leurs vies à courir, essoufflées, après leur essence intrinsèque plus farouche qu’un jeune faon, prête à bondir hors de portée au moindre mouvement. N’en résulte qu’un peu de désespoir et beaucoup de frustration. Ca laisse en nous un trou béant, une terrible sensation d’incomplétude. Certains trouvent une illusion de salut dans l’amour, d’autres dans la drogue, d’autres encore dans la course folle du tout-voir-tout-faire-tout-sentir.

Des soins palliatifs pour âmes perdues.

Alors si celles-ci savaient sa facilité à elle, cette évidence qui est la sienne et qui lui fait rédiger compulsivement d’innombrables feuillets de notes à l’encre noire, ces masses tourmentées la lapideraient de jalousie sur le champ.

Mais Lucille est à l’abri, pensionnaire de ces murs de bleu et de blanc rayés. Lucille, archange étrange, qui évolue négligemment dans ce ciel de nuages rectilignes alignés comme les barreaux d’une prison. Plongée dans ses livres et ses carnets, je ne suis même pas sur qu’elle les perçoive, ces mûrs qui la retiennent. Sa vie n’est faite que de mots liés et de pages tournées.

Les feuilles qui se noircissent sont ainsi les unités latentes de son temps, les grains en chute libre de son sablier.

Je les regarde s’écouler, impuissant, ému.

Fasciné.

Fasciné par ce petit bout d’humanité aux cheveux de ténèbres, raides et frangés droit qui ne font que mieux ressortir encore son teint à la pâleur d’une lune pleine et bleutée. Elle paraît tellement délicate que j’en suis troublé. Elle fait selon moi partie de la catégorie des éphémères. De ces êtres qui ressemblent à des fleurs hivernales, petites existences poétiques mais résignées, isolées dans la blancheur gelée de la neige, incongruité comme seule la nature sait sortir du néant, et qui nous font nous arrêter pleins de reconnaissance et d’admiration, le cœur soudain battant pour ce petit rien qui pourtant semble un tout nécessaire. Une fleur qu’un coup de vent pourrait briser, qu’un rayon de soleil grillerait, qu’une goutte de pluie noierait, dans l’indifférence du monde, et dont la simple réalité me subjugue.

Comme j’aimerais comprendre les secrets de sa vie de petite fleur, les mécanismes de sa création, les enjeux certains de son destinée !

Si seulement je pouvais comprendre ses mots décousus, entrer dans ces yeux qui contiennent le monde et le voir au travers d’eux. Pourquoi sont-ils toujours si triste, et pourtant si intenses ? Pourquoi ne peut-on que deviner ces flammes, ces feux de saint Jean qui dansent derrière ce regard terne, presque éteint. Ma place à moi, mon essence, ma mission. Une fin en soi qui me permet de m’arrêter dans ma course folle, de m’asseoir et de sourire au ciel. J’ai trouvé mon sens. Trouver sa clé.

Un jour, je le jure devant Dieu, je comprendrais. Alors je pourrais ouvrir ces portes fermées sur sa conscience. Je briserais ces murs qu’elle a construits autour d’elle, enfermée en sa propre forteresse. Je la ramènerais parmi les vivants qu’elle ignore.

Car ses yeux sont un ciel étoilé. Un absolu à portée de préhension, juste là, caché derrière des codes incompréhensibles. Une puissance fragile et sereine.

Elle n’a pas huit ans, et déjà Lucille est le monde.

Elle n’a pas huit ans, et déjà Lucille le refuse, enfermée dans sa douce folie.

26.10.2007

J'ai pansé...

J’ai pensé à toi hier. Cela datait, j’en ai presque été surprise.

J’ai souri à cette idée. A croire que parfois, nos cœurs se mettent en dormance, comme les arbres à l’approche de l’hiver. Une cessation cyclique d’activité. Quand le climat devient plus rigoureux, au gré de sa nature, le mien ralentit, somnole doucement, et terré dans sa tanière reculée, il se met en hibernation. Il attend des jours meilleurs en rêvant.

Oui, il se gorge de rêves insensés, libéré de l’entrave d’une réalité ternie que ce semi sommeil, salutaire, neutralise avec une stupéfiante facilité.

J’ai pensé à toi hier. Tu m’es revenu dans un souvenir qui s’était drapé de ton habituel nonchalance, celle qui m’a toujours un peu déstabilisée. Il était comme toi ce souvenir. Discret, un peu distant. Timide. Mais il m’a réveillée, sortie de mon hibernation émotionnelle. A la manière d’un perce neige, fragile et délicat, qui pointe le bout de ses pétales dès le premier rayon de soleil venu, il m’a fait un signe, celui du printemps qui arrive.

J’ai pensé à toi hier. Une réminiscence de toi. D’abord une simple fragrance, légère au point d’en être à peine décelable, qui m’a chatouillé le nez. Tellement volatile que j’ai eu peur de le dissiper de mes mouvements de le faire fuir en le brusquant. Je le sentais sur le qui-vive, prêt à fuir à la moindre alerte. Alors j’ai fait mine de ne pas m’intéresser à lui, comme on fait quand un merle se pose auprès dans le jardin On sait que si l’on bouge, il va s’envoler, et on se dit que, peut-être, si l’on n’en fait rien, lui prendra l’initiative de s’avancer de quelques petit sauts.

J’ai fermé les yeux et j’ai attendu. Ca a marché, je crois que je l’ai intrigué. Amusé, peut-être. Parce qu’il s’est approché un peu plus, caressant, me laissant entrevoir les traits flou de ton visage mal rasé. Et tes yeux lumineux, qui me manquent tant.

Tu étais beau dans ce souvenir. Dieu que tu étais beau…

Hier j’ai pensé à toi. Tu étais là. J’aurais pu te serrer dans mes bras tellement tu étais là. Ma tête sur ton épaule remémorée, je me rappelais le battement de ce cœur d’homme contre mon oreille, et ton souffle perturber l’ordre de mes cheveux. Ca m’énervait toujours un peu. Ca me manque.

Je ne bougeais toujours pas, pas même les paupières. Mais je me suis autorisée un sourire. Parce que j’étais bien dans ce nuage vaporeux. Et peut-être, aussi, pour charmer ce souvenir troublant, troublé, qui me tenait compagnie. Et lui donner envie.

 

Envie de rester près de moi, à défaut d’être près de toi.

23.10.2007

Préparation à la dormance

4530545ead335301c03f301f2c6f9245.jpgEntre les fûts sylvestres, une silhouette fine se faufile, fluette espiègle. Nul ne la perçoit de ses sens éveillés, elle qui pourtant se drape de vives teintures, mais tous reconnaissent de leur chair la présence. Transcendante. Ses rires ne se distinguent des bruissements de la cellulose qui tangue sous le vent, ils jouent avec et s’entremêlent comme ces langues fourchues qui, faute de bras, s’enroulent l’un l’autre en une nuptiale parade, en un langoureux tango qui ne verra pas sa fin avant celle de la nuit.

Ses pieds ne laissent plus de trace que les fines pattes du rouge-gorge dans les trèfles qui tapissent les sentiers, les racines des haies taillées, et les prés reposés. Et sur son passage se dressent, gorgés de l’eau qu’elle sème en nonchalante bienfaitrice, quelques champignons dont la folle farandole entoure gaiement les ventrus chênes éternels. Les feuilles-caméléons de ceux-ci de cuivre et de safran se parent, et tombent en pamoison devant elle comme les chapeaux au devant des jolies dames et demoiselles, en un délicieux mélange de respect et d’admiration.

Les arbres improvisent pour leur petite princesse, de douceur généreuse, d’affolantes chorégraphies emportées par le délice de ces larmes divines qui coulent le long de leurs nervures craquelées. Une danse de sioux pour que jamais la pluie de l’elfe ne cesse.

S’effacent les brûlures, s’envolent les feux-follets des âmes torturées, libérés de leurs entraves mélancoliques.

Je crois que c’est pour ceci que je l’aime plus encore que pour le reste, plus encore que tout le reste. Elle seule en ce monde bas me fait cela. Elle seule fait sonner en mon cœur ce LA enchanteur qu’elle donne à mes sens éparpillés.

Bientôt, le souffle aura parcouru la forêt impressionniste, et je relèverais doucement le col de ma veste, un sourire indélébile, une gravure imprimée et modelée de ses doigts potelés glissant sur mon visage assagi.

Apaisé.

Prêt.

22.10.2007

Sur le quai...

 Un texte prévu au départ pour Paroles Plurielles... Puis une autre idée est venu. Peut-être meilleure, peut-être pire, j'en sais rien. Mais ce texte étant écrit, je vous le confie !

 

 

Mauvaise surprise, le quai du métro est noir de monde. De ma hauteur, je ne perçois que des tignasses blondes, des tignasses brunes, indistinctes et mélangées en une horrible anarchie. Comment je vais la reconnaître dans tout ce fatras entassé ?

Pourtant l’idée ne me paraissait pas trop mauvaise, au départ.

Se retrouver à la station Daumesnil. A l’intersection de nos lignes quotidiennes. Tout un symbole, puisque cette rencontre allait certainement constituer pour nous l’un des carrefours majeurs de nos vies respectives. Un croisement. Nous devions arriver là au même moment, et décider ensemble de la direction à suivre pour la suite, si chacun allait continuer tout droit suivre la route qui lui est tracée, si l’un des deux allait obliquer sur la voie de l’autre. Ou encore si nous allions sortir de nos ornières et prendre la voie des champs…

On devait se retrouver là, dans un lieu public, neutre, à une heure où habituellement les âmes sont moins condensées.

Mais voilà, aujourd’hui il y a grève. Un autre jour que celui-ci, j’aurais fait comme beaucoup, baisser la tête et attendre avec résignation que l’orage passe. Mais aujourd’hui ce n’est que prétexte à exprimer mon stress, et j’enrage.

Où est-elle bon sang ? Je ne vois rien, personne. On ne va quand-même pas se passer à côté, se serait trop bête, trop injuste. Bien sûr, on pourrait remettre ça, mais aurais-je le courage de revenir demain, après demain ?

Quinze ans que je l’attends, que je la cherche, pour finalement échouer si près du but ?

Alors que quelques larmes, partagées entre colère et abattement, coulent sur mes joues rasées pour l’occasion, j’entends trembloter une incertitude derrière mon dos.

« Paul ?... C’est bien toi Paul …? »

Je me retourne au ralenti.

Elle est là.

Je n’arrive qu’à bredouiller dans un long souffle : « ...Maman… ? »

quelle vie de chien !

Collé à la fenêtre, je regarde vivre la rue comme les vaches passer les trains. Sans guère plus d’entrain, l’œil torve et l’oreille tombante. Les journées sont longues dans ce petit appartement, l’espace aussi réduit que le champ des distractions. Bon je dis pas, il s’en passe des choses dans cette rue, mais à peine de quoi me divertir. A peine de quoi masquer le passage trop silencieux des minutes. Et il y en a des minutes, dans une journée à ne rien faire.

Alors de temps en temps, je retourne sur mon fauteuil et je pique un somme. L’avantage des ces siestes et de ces somnolences, c’est que j’ai l’impression d’avoir à peine cligné alors qu’une heure est passée. Deux si j’ai un peu de chance, mais pas plus. Un prisonnier, voilà ce que je suis. Ma prison est dorée, certes, avec tout le confort que je pourrais espérer. Mais les portes n’en sont pas moins closes du matin au soir. Comme un prisonnier, j’ai droit à ma petite ballade quotidienne, mais même cette perspective ne m’extasie plus autant qu’avant. C’est fou cette faculté d’adaptation. Moins on en fait, moins on a envie d’en faire, c’est bien connu. La lassitude s’est installée chez moi, a pris possession des lieux en souveraine et ne lâchera pour rien au monde son royaume si longuement acquis.

Parfois, au cours de ces siestes qui rythment mes jours, je rêve. Ou plutôt je me souviens. Me reviennent mes jeunes années de liberté, ces courses folles dans les champs avec mes frères et sœurs. Ah ! Que de doux moments vécus, qu’il me semble aujourd’hui payer un prix bien trop élevé. 

Tout est de sa faute à elle. Je n’ai pas vraiment choisi de m’installer ici, ça m’est tombé dessus comme ça. Si j’avais su la vie qu’elle allait me faire mener, j’aurais pris la poudre d’escampette en la voyant s’approcher avec ses airs angéliques de jeune fille…

Mais à quoi sert-il de repenser au passé ? Il est impalpable, inerte. Et comme mon avenir ne me semble pas très réjouissant, je me contente du minimum, de ce seul présent que la vie a à me proposer. Je mange, je dors, je regarde dehors. J’hume ce petit filet d’air pollué qui s’infiltre sous la porte d’entrée comme une essence des plus subtiles. Porte qui reste désespérément fermée malgré mes appels.

Voilà ma vie. Si on peut appeler ça une vie.

Et le soir elle rentre, me regarde à peine, me prépare une boîte qui me tiendra lieu de repas. Et elle me raconte sa journée, vide son sac dans le mien, d’une seule et interminable réplique. Puis elle s’affale sur le canapé, qu’elle ne quitte que pour se traîner jusqu’à son lit. Elle me dit qu’elle est fatiguée et que je ne peux pas comprendre. Tu parles ! Et moi, qui se soucie de mes tracas, de mon infortune ?

Personne, je crois.

15.10.2007

Révelatrice

Je me suis présenté à dix-huit heures vingt. Un peu fatigué par une grosse journée de boulot, dont je vous passe les détails, qui vous seraient ennuyeux. Ils le sont déjà pour moi qui en étais pourtant l’acteur principal, alors pour un passif, je n’ose imaginer. J’avoue que j’avais un peu honte de me présenter aussi peu présentable. Des zones sombres sous les yeux, la mine usée, grise d’une barbe qui décidément pousse bien trop vite. Les épaules basses. Si j’avais eu un peu de temps, je serais passé chez moi. Pour me changer, déjà. Parce que le costard-cravate, c’est un peu too much à mon goût, et quand en plus il est froissé par une journée de dossier de chaise, la limite du mauvais goût n’est pas loin. Passer chez moi pour me doucher, surtout, pour me raser de frais, avec un peu de crème hydratante, et pour relâcher un peu la pression. Cette rencontre me rendait nerveux comme ceux de mes quinze ans. Plus stressant encore que ces dossiers, traités à longueur de journée, au bureau.

Mais du temps, je n’en avais pas sous la main, alors présentable ou non, je me suis pointé à l’adresse entourée de rouge de mon carnet. Je ne voulais pas, ne pouvais pas prendre le risque de reporter ce premier rendez-vous, bien trop important. Et encore moins de l’annuler. Parce que je me connais, si je ne me jette pas à l’eau tout de suite, je ne rappelle jamais et laisse mourir les perspectives, qui de fait ne sont même pas nées.

Je passe à côté en passant à autre chose.

J’étais devant la porte de cette Annie Hackman. Le cœur battant. Un peu trop rapide, fidèle à sa détestable habitude. Et j’en avais pour encore dix minutes de supplice, parce qu’avec ma peur d’être en retard, j’avais finalement un temps d’avance, et je devais le perdre à attendre ces quelques insoutenables minutes. Une clope, bien que déconseillée avant tout rendez-vous pour des raisons évidentes, allait me tenir compagnie dans les petites rondes que je faisais, toujours stressé, sur moi-même.

Complètement absorbé par les questions inhérentes à l’inattendue de cette relation qui s’annonçait, nouvelle dans son genre, je suis entré à quarante, après deux cigarettes. Je ne sais comment je me débrouille pour être toujours en retard, pour tout, tout le temps quoi que je fasse contre. Cela restera à jamais l’un de mes irrésolus mystères.

Je pénétrais donc dans ce hall large, blanc. Trop de blanc. Fauteuils blancs, table basse et blanche, mûrs blancs, plafond blanc. Une plante, verte. C’était un arum, à fleurs blanche pour ne pas trop choquer les pupilles d’une couleur trop vive. Question de cohérence graphique j’imagine, un petit rappel, comme quand on met une cravate de la même couleur que la robe de la femme qui vous accompagne. Du blanc donc, excès de pureté qui me paru au premier coup d’œil suspect. Du blanc haïssable, que l’on a envie de salir pour qu’il arrête de nous narguer.

Je me suis tout de suite adressé à la femme assise derrière l’espèce de comptoir qui lui faisait office de bureau. Je vous laisse deviner la couleur de son teint. Elle devait être installée ici plusieurs années auparavant, pour avoir réussi, par je ne sais quel procédé, à si bien prendre la couleur fade de son environnement stérile. Elle me répondit d’une voix plate que j’étais attendu. Ce que je savais déjà. Avec tous les efforts faits pour obtenir ce rendez-vous, je savais mieux que tous qu’Annie m’attendait.

Ce que j’ignorais, en revanche, c’est l’impact que cette femme aurait sur ma vie. Il avait dû être décidé, là-haut, que ce serait elle qui la transformerait. Et nulle autre.

Dans une tunique sans forme précise, elle paraissait translucide. Et néanmoins chaleureuse, de rousseur tachetée, ce qui lui conférait une certaine beauté et qui, bizarrement, m’intimida sur le champ. Comment pouvait-elle être si raide, avec cette distance propre à son statut, et pourtant déclencher chez moi un tel élan de sympathie, voir un peu plus que cela ?

Sûrement le contexte. Ce besoin que j’avais de confier mon sort à quelqu’un d’autre, comme lassé d’être responsable de ma personne et de mon avenir. Envie de remettre les clés de ma raison, les rênes mêmes de ma vie, à une tierce personne. Un abandon du genre salutaire. Annie serait cette autre, je l’avais décidé sans le savoir encore. Elle serait ma béquille, quoiqu’il advienne. Quel doux prénom, Annie, pour une bouée de sauvetage rousse. J’étais là pour ça, et je ne serais pas venu pour rien. Ici, aujourd’hui, finiraient les questionnements sans fond, sans fin. Le fin fond de l’inconnu. Elle allait me révéler à moi-même, j’en étais certain.

C’est ce qu’elle fit, une fois rhabillé.

Une révélation, crue, cruelle mais nécessaire. Sans emphase.

J’étais malade, ceci étais certain. Je souffrirais, ceci étais fort probable. Le laps de vie restante inconnu.

Mais elle serait là pour m’aider et m’accompagner, deux fois par semaine.

Deuxième certitude, réconfortante celle-ci.

12.10.2007

Corps de granit

Des chants d’oiseaux, indistinctement brouillés par le murmure des feuillages, tirent Ahcène de ses rêveries. Puis sortent du flou et se précisent. Le haut sifflotement d’un rouge gorge, guilleret, les chamailleries d’un couple de merles sont les premiers sons qu’il distingue. Une roucoulade de tourterelle, aussi... C’est quand-même mieux que le ronflement sourd du camion des éboueurs qui le réveillait un jour sur deux dans son ancien appartement, pense-t-il sans encore pouvoir traduire de son esprit les mots.

L’œil exercé de sa femme pourrait voir sur ses lèvres un léger sourire de bienêtre, que l’engourdissement matinal des zygomatiques rend pourtant discret.

Il la sent, là, juste derrière lui. Cette main délicate posée sur sa hanche. Ce corps chaud que la fraicheur du matin rend plus douce encore. Quand ses sens seront totalement éveillés, il pourra même sentir le souffle onirique d’Orane lui chatouiller la base de la nuque, en lentes expirations. C’est de cette façon qu’ils ont toujours dormis. Lui, recroquevillé sur lui-même, dirigé vers la fenêtre, et elle, s’imbriquant merveilleusement dans la même position, collée contre lui. Un peu à l’instar de leur couple. Orane toujours au plus proche, avec ce besoin constant de sentir la présence de son mari, centrée sur eux-mêmes. Et Ahcène, plus tête en l’air, tourné vers l’extérieur mais la sachant toujours là, derrière lui, à calmer ses angoisses de ces doigts cherchant de nouveaux sentiers dans l’Amazonie de sa chevelure.

Un positionnement devenu naturel après plusieurs années de vie commune.

Une habitude certes, une routine. Mais un équilibre surtout, un cocon ouaté dont la chaleur reste constante.

Un œil entrouvert sur la fenêtre verte sans volet. Le ciel est bleu. L’œil se referme quelques instants, autorisant à ses lèvres charnues, par cette économie d’énergie, un étirement plus large. Oui, il sourit de plus belle, emporté par l’instant. Première réflexion d’Ahcène ce matin. Les gens ne profitent pas suffisamment de ces moments de tiède quiétude que la vie leur offre, amuse-gueules du bonheur. Qu’importe s’ils ne durent que quelques secondes, quelques minutes peut-être… Il les étirera aujourd’hui avec la même application que ses muscles qui se réveillent doucement, les uns après les autres.

Les zygomatiques d’abord. Toujours, de se savoir sous le feu des yeux de sa compagne. Les paupières ensuite, dans un effort colossal pour s’encrer dans le réel. Puis viennent  les membres supérieurs, des mains qui frottent le visage pour enlever les derniers résidus de rêve qui traînent sur les joues. Les jambes pour finir, avec les pieds qui cherchent le contact de l’autre, derrière. Juste pour se rassurer, vérifier que l’autre corps est toujours là, qu’aucun monstre nocturne ne l’a enlevé. Et pour un premier contact en douceur, de la pointe, une petite caresse pour signifier sa présence, son éveil commençant.

Mais l’investigation de l’orteil est vaine ce matin. Et une idée commence à se former dans l’esprit d’Ahcène, refusée par son corps.

Orane n’est pas là. Orane n’est plus là.

Orane ne sera plus jamais là, morte depuis déjà un an.

Et Ahcène, dont le sourire meurt, agonisant, se met à détester ce corps, son corps, qui avec le vil concourt du sommeil lui a fait croire à la vie de ces quelques instants. Le corps a sa propre mémoire, obstinée, sur laquelle l’esprit n’a aucune sorte d’emprise. Comment raisonner ces membres qui refusent, qui rejettent l’abjecte réalité ?

Le corps se souvient oui, quoiqu’il arrive, avec sa manière bien à lui. Dans ce domaine, si l’esprit est glaise, facile à modeler et prenant toute forme en quelques mouvements, le corps est granit. Il faut de la patience, de la persévérance, de la force, pour y déposer une emprunte si faible soit elle, comme ces falaises façonnées par la rigueur des marées sur des siècles, avec une régularité qui seule peut faire fléchir la roche. Mais quand la forme est sculptée, elle est figée dans l’éternité. Ainsi en va-t-il de la mémoire des sens, qui ont enregistré, jours après jours, chaque caresse, chaque souffle, chaque battement, chaque odeur, dont les réminiscences viendront à jamais tirailler Ahcène, à l’existence morte avec sa femme, à qui il ne reste plus qu’une vie dépouillée de son sens, vide, mécanique. Biologique.

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Ahcène pense, ici et maintenant, se regardant pleurer dans le miroir de la salle de bain, qu’il est dur de vivre à deux… quand on est le seul survivant.

10.10.2007

My taylor is rich !

La maison m’apparaît, en contrebas de la route. Enfin, en fait de route il s’agirait plutôt d’un petit chemin, à la vue des multiples touffes d’herbe qui ont percé le bitume inégal. La maison est modeste, sans prétention. Champêtre, dirais-je. Le genre de baraques à l’âge incertain que les années ont parfaitement intégrées au paysage de nos campagnes et dont la présence semble tout aussi légitime que celle du vent, du ciel, ou des chênes et platanes qui encadrent nos routes.

De la mousse pousse sur le toit et du lierre sur les mûrs de pierre. Un échantillon commercial de paradis, pour qui aime la simplicité, le calme, et le chant des oiseaux. Un échantillon avec option de vente.

Sans garantie.

Et Moïse est de ceux-là, de ceux qui posent ces conditions-là à leur bonheur. Drôle de prénom tient, Moïse. Pas vraiment courant dans le coin. Un jour, il faudra que je lui demande d’où il le tient, parce que face à un prénom comme ça, j’imagine une explication, une raison particulière qui aurait poussé les parents à le choisir parmi une palanquée d’appellations plus raisonnables, plus lisses. Il faut dire que je ne le connais pas depuis très longtemps ce Moïse, quelques jours seulement. Je prospectais alentour pour la compagnie d’assurance qui m’emploie. Il m’a payé une prune, deux prunes, trois prunes et d’autres encore. On a parlé peu mais je suis quand même resté trois bonnes heures. Je me sentais bien.

Une invitation de sa part à jeter un coup d’œil sur ses colosses m’a fait revenir chez lui, aujourd’hui.

Arpentant en sifflotant le petit chemin qui descend vers la bicoque, j’entends cogner. Une frappe lourde, puissante, qui résonne dans la vallée. Alors je sors du sentier et, guidé par cet appel inattendu, me dirige vers l’espèce de grange énorme, un peu plus loin sur la droite. La contournant, j’aperçois Moïse, de trois quarts, en bleu de chantier, lunettes de protection et masque chirurgical. Il ne me voit pas et continue à marteler avec une hargne et une violence en fort contraste avec l’impression de douceur qu’il m’avait laissée lors de notre première rencontre. Il est gaucher, apparemment. La dextre empoigne fermement une sorte de burin métallique et l’autre s’évertue à cogner dessus avec une grosse masse. Je comprends tout de suite l’utilisation des lunettes, et du masque, en voyant gicler autour de lui les éclats de la pierre qui résiste, se défend avec ses armes acérées, ces silex tranchants, et la poussière qui entoure Moïse en un blanchâtre halo.

J’observe. C’est dans mon tempérament et j’exploite, non sans un certain zèle, ce penchant de ma personnalité. J’aime observer, noter dans un coin de mon esprit les gestes, les attitudes, les mouvements. Toute la vie est là. Il y a un côté voyeur dans cet espionnage unilatéral que certains effarouchés prendraient pour de l’indécence. Du vice même. Soit, je le comprends. Mais c’est plus fort que moi, la nature des gens se révèle éclatante, selon moi, lorsqu’ils se croient à l’arbi de ces regards, de ces jugements portés par leurs semblable. La solitude, ou son illusion, écrase du talon ces faux semblants que l’on croit nécessaires à toute vie communautaire. Masques et déguisements tombent lorsque l’on sort de scène.

« Fallait appeler avant, j’aurais fait en sorte d’être plus présentable ! » lance-t-il avec un grand sourire, sans pour autant cesser son activité.

« Je passais dans le coin, chose suffisamment rare pour n’être pas exploitée… » réponds-je, doutant que les mots prononcés soient parvenus à traverser l’opacité du bruit des coups de marteau.

« Laisses-moi une seconde encore, et je suis à toi ! Mets-toi à l’aise, fais comme chez toi, etc.… ».

Une dizaine de silex plus tard, il enlève son attirail BTP pour venir me serrer la main. Je ne sais si c’est de l’avoir vu tant frapper, mais l’énergie de sa poigne me paraît plus imposante que la première fois.

Il se retourne et contemple son dernier-né, profitant du recul que la courtoisie lui a fait prendre, mains blanches sur les hanches, sourire aux yeux plus encore qu’aux lèvres. « Alors qu’est-ce que tu dis de ça ? Elle m’en a fait voir la salope ! » gueule-t-il en se marrant, avec ce naturel qui m’avait charmé.

« Impressionnant… ». C’est le seul mot que je trouve à prononcer. Et pour être impressionnant, son colosse est impressionnant. Trois mètres de haut, deux de larges. Des lignes agressives, tailladées, un vestige brutal de la guerre qu’ils se sont livrés, lui et la roche.

« Ca représente quoi ? ». Demande-je avec cette stupide candeur de ceux qui, peu accoutumés à l’art sous une forme ou une autre, pensent qu’il en va des œuvres d’art comme des prénoms excentriques, qu’il y a bien une explication, une démarche signifiante.

« Je sais pas encore… D’après toi ? Parce qu’il va bien falloir le nommer, ce nouveau né…». Grattage de tête, expression chez moi d’un mélange de gêne et d’intense réflexion.

« Te casses pas la tête, ça représente rien, ça ressemble à rien.... ». Silence inspiré. Points de suspension.

« Et à tout à la fois… Tu comprends ? La partie la plus délicate, pour moi, c’est pas la taille de la roche. Bien sûr, le combat est rude, elle résiste, elle se débat. Elle se laisse jamais faire, au point que des fois, j’abandonne en cours de route. Je bat en retraite. Mais la plupart du temps, malgré ses protestations, c’est elle qui indique le chemin, qui t’inspire le coup à porter. Toi en fait, t’es là que pour la révéler à elle-même et aux yeux du monde, montrer sa nature, son esprit. Et tu suis le chemin qu’elle te balise de ses nervure, des différences de densité qu’elle te propose. C’est pas plus compliqué que ça. C’est pas une femme, la roche. C’est simple, c’est brut, c’est raccord. Pas moyen de biaiser… Elle te prend tes haines, ta bestialité, ton agressivité. Tu décharges, tu lui donne toutes ces saloperies que t’accumule, inévitablement... Pas de chichi ! »

Second silence, inspiré. Le temps d’une rasade de prune. Je sens qu’il est sur sa lancée alors je ne dis rien. J’attends. Seconde rasade de prune, pour dégager la poussière qui traine encore dans le gosier…

«  Nan, le plus dure, c’est de lui donner un nom, de lui mettre une étiquette dessus. Parce que tu vois, quand tu fais ça, en fin de compte, tu détruis tout ton travail aussi sec. Tu la sors de son carcan de pierre pour la foutre dans un autre. Idéologique celui-là. Tu mets pas de nom, elle reste inaccessible, incompréhensible et c’est de ça qu’elle tire sa force, de cette incertitude qu’elle te laisse en tête. Mais bon, les clients ils aiment pas trop ça, il leur faut un nom, une signification quelconque, toute faite. Qu’ils sont cons… Ils pigent pas. Ils pigent pas que comprendre ça sert à rien, que comprendre, appréhender, c’est réduire. Ils les mutilent mes colosses, à chercher comme ça une raison à leurs existence de pierre, à les transformer en représentation d’une chose ou d’une autre. » Silence, rasade.

« Et merde tiens !» lance-t-il, de dépit.

« Allez, viens, on va boire un coup à l’intérieur, il commence à faire frais dehors… j’lui trouverais un nom demain à cette grosse, là je peux pas…».

Décidément, il me plaît bien ce Moïse !

Pourquoi il s’appelle comme ça ? Qu’est ce que ça peut bien foutre, après tout. Ca ne changera pas ce qu’il est…

04.10.2007

Regard

La fraîcheur de la rue, profitant de l’insouciante béance de la fenêtre, pénètre par vagues dans la chambre et entraîne avec elle le léger voilage de motifs piqués. La danse à laquelle se livrent ces deux complices est légère, suave, me laissant quelques instants rêveurs. J’aime ces heures, avancées à pas de loup vers les profondeurs d’une nuit d’été. Elles ont quelque chose de spécial, une douceur qui imprime sur mes joues, rasées de près, un faible sourire. De ces moments qui ont une bienveillance toute maternelle, accordant un délicieux répit à ceux qui ont la patience de les attendre.

Le bleuté de la lune est roi en ces heures, et dépose sur chaque chose sa marque, son calme, étouffant toute rébellion.

Assi sur un petit fauteuil installé dans un angle de la pièce, à la droite de la fenêtre, j’observe ce corps qu’on croirait inerte si un régulier mais faible soulèvement ne trahissait la vie qui l’habite. Sa respiration lente contraste avec mes petites goulées d’air compulsives, n’osant qu’à peine respirer pour ne pas troubler ce lourd sommeil qui s’offre à moi. Etalée de tout son long sur le ventre, elle dégage une telle sérénité quand elle dort, qu’il serait criminel d’y mettre fin tout de suite… J’imagine que la plupart des gens ont ce sage charisme lorsqu’ils dorment, au point que cela en deviendrait presque vulgaire.

Mais là, plus que jamais, l’évidence me saute aux yeux... Humides.

Malgré les couleurs douçâtres, estompées, je suis stupéfait par l’éclat de sa chevelure blonde qui contraste trop fortement sur le drapé noir du lit. Ces longs fils flavescents s’étalent autour d’elle en une étoile qui tient lieu d'auréole à cet ange de nuit. Seule imperfection, elle est un peu fripée du profile exposé, signe qu’elle dormait sur le côté gauche, il y a quelques instant à peine.

Comme hypnotisé, je ne peux décrocher le regard. Des voix indistinctes résonnent.

Je ne suis pas un grand sensible. Ce serait plutôt le contraire à ce qui se dit. Mais faut-il avoir l’émotion facile pour voir le beau quand on se retrouve nez à nez avec lui, et qu’il s’impose ainsi ?

Quelque part, en bas, une horloge égraine ses secondes, nos secondes, avec la nonchalance de son grand âge. J’ai toujours trouvé que le pas de ces vieilles horloges à balancier était plus traînant que les autres comme si se glissait entre chacun de ces indolents allers-retours un petit morceau d’éternité. Ou peut-être que c’est celle-ci qui se balance sur ce contrepoids de cuivre, espiègle. Pourtant c’est idiot, une seconde reste une seconde. Pas plus pas moins. Et chacune, de toute sa désinvolture, nous rapproche un peu plus de l’inéluctable.

Un léger mouvement de bras me ramène pieds à terre. Ineffable mouvement spasmodique, mains qui tentent en vain d’agripper quelque rêverie, mais qui n‘emportent qu’un peu d’air entre ces doigts régulièrement resserrés. Une jambe que la chaleur tire mollement hors des draps pour la livrer à la lueur fraiche de la lune rend la scène insoutenable, les voix hurlantes.

Elle se retourne d’un petit bond. La voilà face à moi et le désir se fait ravage. Ses yeux, clos dans toute cette innocence qui accélèrent le rythme de mes respirations.

Mes muscles se tendent, mes doigts se crispent… Le métal dans ma main se refroidi.

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Elle aussi maintenant, refroidi.

 

Figée à jamais, la gueule d’ange…

01.10.2007

Bolide

A plein régime, le moteur hurle sa rage, répondant à sa manière au silence impénétrable de la campagne de blé blonde. Luc ne l’entend pas vraiment, accoutumé à ces vociférations mécaniques qui font son quotidien depuis bien longtemps. Chacun pare les coups de la vie comme il peut. Certains esquivent, d’autres défient. D’autres encore se cachent, tête à l’abri derrière des coudes levés haut. Béquilles de fortune…

Qu’importe le moyen, seule compte une indifférence feinte aux blessures infligées.

L’arme dérisoire de Luc, c’est la pédale de droite de son coupé.

Son ring, les routes de la campagne auboise qu’il exècre à force d’errances.

Son ennemie, une mémoire minutieuse, implacable. Incapable de s’effacer discrètement pour le laisser, quelques instants seulement, respirer.

Il appuie encore un peu plus, profitant d’une section de ligne droite pour tenter de semer ces idées noires qui se sont mises à sa poursuite. Mais avec une vitesse de propagation neuronale de cent mètres par seconde, le projet est ambitieux. Chimérique. Alors ses cauchemars diurnes deviennent rémoras, sangsues et autres lamproies, parasites infectes nourries de ses sombres souvenirs.

Aucune issue n’est envisageable. Au bout de son tunnel, nulle lumière, juste un néant appréhendé avec maladresse.

Le bruit des cylindres ne couvre pas le brouhaha des voix qui résonnent en son crâne. Elles l’ont pisté, traqué et maintenant le tirent bien loin des champs mordorées qu’il traverse. Elles répètent en boucle les longs processus qui l’ont détruit, ne l’épargnant d’aucun sordide, d’aucune humiliation subie. Il revoit étalée devant ses yeux rougis la route qu’il a suivi et plonge, aspiré, dans ses erreurs d’orientations, ces routes divergentes qui mal fléchées l’ont sensiblement éloignées de la direction tracée.

On dit parfois qu’avant de mourir, on revoit sa vie défiler sous les yeux. Mais lui ne meurt pas. Quel mauvais génie, maupiteux, lui fait-il revivre chaque instant douloureux sans lui accorder la paix d’une inespérée délivrance ?

Alors comme toujours il revoit cette femme, dont il n’a finalement connu que le pire. La maladie de leur aînée. La faute rejetée sur l’autre, cette autre qui pourtant avait un temps pourtant comblé sa vive béance. La chute. De ces drames en série qui détournent votre esprit de ses rêves d’avenir pour vous noyer dans la nostalgie d’instants lointains accordant parfois, jeunesse aidant, l’illusion d’une confiance absolue, d’une maîtrise de son propre destin.

Perdu dans ses pensées, fallacieux substitué au tangible, il n’eut pas le temps de réagir.

Lui qui tentait de fuir son pourchassant passé, ses fantômes imaginaires, s’est fait rappelé à l’ordre par son présent.

Happé d’un coup par ce platane placide.

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