« Coffee Time | Page d'accueil | Vite fait en passant »
20.12.2007
Since I've been Loving You
Ca commence doucement. Un souffle, une respiration d’enfant dormant, au cœur tambourin. Imperceptible et pourtant là, tellement là, source de tout. Prendre le temps de poser les notes, une par une, glissées sous des doigts d’orfèvres avec toute cette patience de l’artisan, ou du sage, qui sait que le temps ne peut être qu’un allié. C’est délicat, c’est chaud et tendre. Et ça résonne. Quelque chose vit à l’intérieur, vibrant au son unique, rythmé de mats et de soies.
Une caresse. Oui c’est ça. Une caresse lorsque tout le reste vous délaisse, du dos de la main sur une joue un peu humide, malgré tout. Vous savez qu’il restera ça, au moins ça, que ces premiers instants survivrons, bougie de Perséphone dans les tunnels sombre de ses hivers.
Puis le cri. Le premier cri qui se prend pour un hurlement. Premier essais, la déchirure aveuglante de la foudre dans le ciel chaud d’une fin d’été. Bref. Puissant. Le nouveau né qui respire enfin, le cœur qui s’accélère sans que rien ne lui soit demandé, parce qu’il sait déjà lui, qu’il a besoin de se muscler, que bientôt il lui faudra lutter pour ne pas rompre. Simple vérification que tout va bien, que ce début qui était promesse se tient toujours là, souriant. Bienveillant, peut-être.
Alors le calme s’en revient, apaisant les côtes. Une ample houle, paisible, vient lécher les pieds de falaises rieuses du bout de ses spumeuses plumes. Le vent du pays exhale son ivresse sur les corps noueux qui se courbent, graciles, dans une transe, semblant de permanence. Il est temps d’apprendre qu’il n’y a rien d’autre à savoir, qu’il suffit de se laisser porter par le flux des fleuves, les yeux fermés et le cœur ouvert, emporté par les mélopées suaves. Et sensuelles, parfois…
Et alors que l’on repose dans cet engourdissement, s’annonce la fin. Tout s’accélère. C’est la passion qui fracasses de ses masses effilées les portes laissées entrouvertes, se faisant envahissante, et se proclame d’elle-même, sans contestation, grande impératrice de ce royaume aux frontières lointaines. Petit fétu balloté, léché par les flammes avides, le cœur se souvient de son premier cri. Il hurle et ne joue plus. Les racines enfouies ressurgissent, déchirent l’asphalte, prudentes et obstinées. Elles cherchent l’air. Respirer. A tout prix respirer de cet air qui manque.
Et l’on croit que c’est fini, le vide et le silence se partagent les restes dans une ignominie hors de nos limites. Mais l’agonie sera longue. Cruellement belle et étirée entre ce début hier et cette fin si proche. Si proche. Ca hurle, ça gueule dans le vent, contre lui, contre tout. Ca se débat et balance en tout sens des membres élancés à en fendre les âmes.
Déjà le dernier souffle arrive, ultime révolte, puissante et vaine.
Ce dernier souffle, plus fort, plus pur que tous les autres.
Parce que celui-là sait.
14:35 Publié dans 1 - Orchidées | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, *de tout et de rien*, écriture, blog, littérature, nouvelles





Commentaires
Oui, celui-là sait ...
J'aurais aimé savoir écrire ce texte très beau .
Belle fin d'annèe à vous .
Ecrit par : annelau | 23.12.2007
pas tout à fait sûre d'avoir bien compris sans aucun doute emmenée par le tourbillon des mots...
Ecrit par : schizozote | 23.12.2007
.........;et en plus çà me fait penser à Led Zep !
Ecrit par : ambre | 25.12.2007
Pour Annelau : Un bien joli compliment que celui-ci... De quoi bien commencer cette nouvelle année que je vous souhaite belle.
Pour Schizo : Ca m'arrive souvent quand je te lis... ;). Là pour le coup, je ne suis pas sur de m'être compris moi-même.
Bonne année Schizo, qu'elle te soit douce...
Pour Ambre : Bienvenue Ambre ! Ahh ledzep... ahhhh cette chanson...une des meilleures du genre, à mon sens.
Merci pour ton passage et bonne année à toi !
Ecrit par : uhsn | 02.01.2008
Ecrire un commentaire