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21.12.2007

Vite fait en passant

L'heure des vacances sonne.

Je vous souhaite donc à tous d'excelentes fêtes de fin d'année.

Portez-vous bien, à dans quelques jours, quand l'euphorie festive traditionnelle sera passée :)

A bientot.

Uhsn.

20.12.2007

Since I've been Loving You

Ca commence doucement. Un souffle, une respiration d’enfant dormant, au cœur tambourin. Imperceptible et pourtant là, tellement là, source de tout. Prendre le temps de poser les notes, une par une, glissées sous des doigts d’orfèvres avec toute cette patience de l’artisan, ou du sage, qui sait que le temps ne peut être qu’un allié. C’est délicat, c’est chaud et tendre. Et ça résonne. Quelque chose vit à l’intérieur, vibrant au son unique, rythmé de mats et de soies.

Une caresse. Oui c’est ça. Une caresse lorsque tout le reste vous délaisse, du dos de la main sur une joue un peu humide, malgré tout. Vous savez qu’il restera ça, au moins ça, que ces premiers instants survivrons, bougie de Perséphone dans les tunnels sombre de ses hivers.

Puis le cri. Le premier cri qui se prend pour un hurlement. Premier essais, la déchirure aveuglante de la foudre dans le ciel chaud d’une fin d’été. Bref. Puissant. Le nouveau né qui respire enfin, le cœur qui s’accélère sans que rien ne lui soit demandé, parce qu’il sait déjà lui, qu’il a besoin de se muscler, que bientôt il lui faudra lutter pour ne pas rompre. Simple vérification que tout va bien, que ce début qui était promesse se tient toujours là, souriant. Bienveillant, peut-être.

Alors le calme s’en revient, apaisant les côtes. Une ample houle, paisible, vient lécher les pieds de falaises rieuses du bout de ses spumeuses plumes. Le vent du pays exhale son ivresse sur les corps noueux qui se courbent, graciles, dans une transe, semblant de permanence. Il est temps d’apprendre qu’il n’y a rien d’autre à savoir, qu’il suffit de se laisser porter par le flux des fleuves, les yeux fermés et le cœur ouvert, emporté par les mélopées suaves. Et sensuelles, parfois…

Et alors que l’on repose dans cet engourdissement, s’annonce la fin. Tout s’accélère. C’est la passion qui fracasses de ses masses effilées les portes laissées entrouvertes, se faisant envahissante, et se proclame d’elle-même, sans contestation, grande impératrice de ce royaume aux frontières lointaines. Petit fétu balloté, léché par les flammes avides, le cœur se souvient de son premier cri. Il hurle et ne joue plus. Les racines enfouies ressurgissent, déchirent l’asphalte, prudentes et obstinées. Elles cherchent l’air. Respirer. A tout prix respirer de cet air qui manque.

Et l’on croit que c’est fini, le vide et le silence se partagent les restes dans une ignominie hors de nos limites. Mais l’agonie sera longue. Cruellement belle et étirée entre ce début hier et cette fin si proche. Si proche. Ca hurle, ça gueule dans le vent, contre lui, contre tout. Ca se débat et balance en tout sens des membres élancés à en fendre les âmes.

Déjà le dernier souffle arrive, ultime révolte, puissante et vaine.

Ce dernier souffle, plus fort, plus pur que tous les autres.

Parce que celui-là sait.

18.12.2007

Coffee Time

Consigne n°60 de paroles plurielles http://coumarine2.canalblog.com/archives/2007/12/12/72121...

Et merde ! Elle est là, collée à la machine à café.

Mais non rougis pas, y’a pas de raison. Non mais franchement ! Surtout, fais pas ce regard du gars qui s’excuse. Marches droit vers la machine et sers-toi un bon kawa. Genre l’air de rien, tranquille.

Bon sang, pourquoi encore elle, hein ? Tu peux me le dire ? Y’a pas assez de femme dans cette boîte ? Je pari qu’elle le fait exprès. Ouais c’est exactement ça, tous les matins, elle m’attend. Elle va là où je vais aller. Ouais, c’est ça ouais, non mais tu rêves mon grand. Pour le coup, c’est juste ta bonne étoile qui est mauvaise joueuse. Elle insiste de trop. Une histoire de destin, ou de fatalité plutôt, quelque chose comme ça…

Mais quelque part, il est joueur le destin, il rajoute des handicaps, ce con. Et le mien, c’est que je ne peux pas lui parler à cette femme. Pas sans bafouiller ni rougir en tout cas. La honte quoi ! Pourtant j’adorerais, tu peux en être sûr… Parce qu’elle est mimi comme pas deux. Ouais, y’a pas photo, je dirais même qu’elle déchire tout. Un truc de dingue…

Bon, aller, arrête de réfléchir et dis-lui un truc classe. Ouais, enfin, c’est bien beau cette idée, mais le problème il n’est pas dans l’envie. Elle me lobotomise, un point c’est tout. Dès que je suis près d’elle, j’ai la tête vide. Aller bon dieu, c’est le moment, j’te dis ! Tu sors tes doigts de là où ils sont et tu te lances. Un petit ‘Salut’ déjà, c’est un toujours un début, et après, tu enchaines…

…ouais, non, je ne le sens pas, là. J’aurais dû venir plus tôt. Ou plus tard, c’est la même. Je l’aurais juste croisée dans le couloir. Un bonjour dans le couloir, comme ça, en coup de vent, ça passe. Mais à la machine à café c’est une autre paire de manches, j’aime autant te le dire ! Ca ne suffira pas…

Et voilà. T’as gagné ! A force d’y penser, on est plantés là à regarder en parallèle vers le parc. Que du bonheur ! On dit que s’aimer ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais que c’est regarder dans la même direction.

Ouais…ça doit être ça...

17.12.2007

Monsieur Colgate

Je ne suis pas des plus loquaces. Ca je veux bien l’admettre... Je n’aime pas parler pour ne rien dire, et je n’ai souvent rien d’extravagant à raconter. Alors je me tais. On en dit que je suis distant, discret, timide, coincé, renfermé, ours. Bien, soit. Je tiens compte de ces avis comme je parle. Peu.

Mais ça fait quand même cinq ans que je bosse pour cette boîte. Cinq ans. Cinq à dix pourcent de mon espérance de vie. Presque vingt pourcent du temps passé sur terre depuis ma naissance. Et les chiffres, ça me connaît ! Je ne fais que ça de mes journées, et parfois même de mes nuits. Compter. Additionner, soustraire, faire des ratios, calculer des pertes au prorata des jours ouvrés. Pas vraiment passionnant.

Je ne tiens - enfin je ne tenais - que grâce au miroitement d’une prime que le chef agitait de loin, miroir aux alouettes modernes. Comme quoi ma capacité de travail devait être récompensée. Trop con, j’ai été trop con. Oui, je l’avoue, j’ai cru ses promesses. J’ai foncé tête baissée sur ce bout de chiffon rouge.Ca approchait, j’allais le toucher de mes cornes.

Et il est arrivé. Avec sa belle gueule. Avec sa grande gueule. Je dois dire, ça faisait pas de mal. Une bouffée d’oxygène dans cette boîte de vieux garçon, de vieilles filles. Il m’arrivait d’avoir l’impression d’étouffer, même quand les fenêtres étaient grandes ouvertes sur les champs qui entourent les bâtiments. Une atmosphère pesante, celle qui règne entre des personnes qui se voient tous les jours depuis des années, mais qui ne s’aiment pas. Aucune agressivité, aucune rancœur, pas de problème, mais pas de rire non plus. Pas d’amitié ni de complicité. Cinq ans… Quand j’y repense maintenant, je me demande comment j’ai pu. Le confort de la stabilité, sûrement…

Nous l’avons donc accueilli en héro. Son arrivée a été salutaire pour l’ambiance générale. Des blagues qui fusent, des sourires en coin appuyés de clins d’œil. Charismatique, il portait la bonne humeur de toute la boîte sur ses larges épaules, quelques heures seulement après son arrivée. Car oui, en plus de son allant naturel, il était plutôt bien foutu. Autant qu’un homme puisse en juger d’un autre, au travers de ses œillères machistes. Juste de quoi le jalouser.

Alors il a embobiné le boss en deux semaines. Je peux comprendre. Ce genre de gars, on l’aime bien, on l’écoute plus facilement que d’autres et surtout ça ose demander les choses avec ce sourire qui fait dire oui. C’est comme ça. Surtout au début… Moi je m’entends plutôt bien avec le chef, jamais de grande conversation, mais une estime mutuelle en quelque sorte, une entente tacite qui ne s’encombre pas de paroles futiles. C’est déjà beaucoup, en comparaison de la plupart de mes collègues auxquels il ne daigne que très rarement jeter un regard, dédaigneux, qui plus est.

Mais ça n’a pas suffit. Le sourire Colgate a pris une longueur d’avance d’un battement de paupière. Comment voulez-vous lutter ?

Le coup d’épée dans l’échine. Pas de prime.

Et monsieur Colgate comme supérieur.

12.12.2007

Indescant Décembre.

Décembre est arrivé, à petits pas feutrés, à peine crissant dans la neige. Et moi je ne l’ai pas vu venir. Je n’ai pas vu les vitrines rouges et vertes, scintillantes et impudiques. Je n’ai rien vu des cadeaux prêts à offrir dans les rayonnages, ni se construire les petits chalets de bois dont s’échappent des effluves chargées de cannelle et de marrons grillés, sur des places bondées d’indifférence. Et moi candide au milieu de tout cela, je pensais qu’il n’allait pas venir l’hiver cette année. J’ai cru que pour une fois, un répit nous serait accordé, à tout les deux, et que nous verrions fleurir des compositions urbaines dès les feuilles tombées.

On tient comme on peut, on imagine que certaines choses peuvent changer, on en rêve tout le jour. On espère chaque jour. On aurait quoi autrement ? Hein ? Qu’est-ce qu’il nous resterait ?

L’Hiver, lui, il s’en fout des rêves des gosses, il fait son boulot. Comme un croque-mort. Il en faut bien des croque-morts, non ? Ouais, l’Hiver, lui il s’en fout de nous ratatiner encore un peu plus Elise et moi, il fait ce qu’il sait faire et il s’occupe de rien d’autre. Nos affaires ne sont pas les siennes, et nos préoccupations ne l’atteignent pas.

Des gouttes glacées tombent du toit. Et ça fait des ‘plic’ et des ‘ploc’ monstrueux dans les bassines de fer rouillé qu’on dirait éparpillées au hasard, sur le sol terni de la maison. Elles couinent parfois les bassines, dans la nuit, quand même à l’intérieur la température descends bien avant zéro. Elles hurlent leur douleur dans des cris stridents. Certaines tuiles sont déchaussées par le vent et la neige en fondant passe au travers, s’infiltre, s’immisce entre ces interstices béants. Il y en a qui gèlent avant même de tomber du plafond. Ca fait des stalactites. Quand on a soif, on en décroche comme certains la lune et on la transforme en sucette. Elles ont des goûts de vanilles, de fraise de chocolat. Il suffit d’un peu d’imagination.

Et moi et Elise on manque de tout le reste, peut-être, mais pas d’imagination.

Ca compense un peu.

Et le vent s’engouffre. Dans les plus petits trous, à travers les cartons scotchés aux fenêtres de longtemps brises, sous les portes. Il cherche nos chairs, à tâtons, du ses extrémités crochues, pour nous mordre sous les pulls, sous les écharpes, sous les couvertures. C’est un vorace le vent d’hiver. Un affamé. Un insatiable. Ses frères sous plus doux, certains sont violent à vous faire exploser les tempes, c’est sûr, mais aucun ne ronge la peau comme lui, la rabotant consciencieusement, y creusant ça et là crevasses et craquelures de ses crocs acérés. Un sadique.

Ca fait dix ans qu’il nous agresse comme ça le salaud. Pas une année depuis notre départ il ne nous a fiché la paix. A chaque fois, ça deviens plus dure. Et on vieilli aussi. Trente ans tous les deux. A peu près. Ni elle ni moi ne savons exactement, on oublie, on efface. On s’efface un peu à force d’oublier ces choses là.

 

Pis on s’en fout nous deux. Compter le temps qui passe, c’est comme décompter celui qui reste.

Et ça on préfère ne pas trop y penser, au temps qu’il (nous) reste.

Surtout en Décembre…

10.12.2007

Un an déjà !

Comme le temps passe vite. Et comme si cela ne lui suffisait pas, il accélère le bougre !

Enfin, je ne vais pas m’étaler trop, mais voilà : j’ai ouvert ce blog il y a un an tout pile, à trois jours près, et j’avoue y avoir trouvé plus que ce que j’y cherchais. Plus et autre chose surtout. De journal initial, il est surtout devenu lieu d’expression, d’écriture. Et autant vous dire que ça me plait bien comme ça !

L’occasion pour moi de remercier ceux qui passent, de faire une bise (si, si, j’insiste), à ceux qui repassent régulièrement, et qui d’une certaine façon restent. Vos commentaires sont bienveillant, toujours ou presque, et sont devenus le moteur de ma persévérance, d’ordinaire bien frêle...

Alors je crois que je vais continuer encore un peu, tant que le plaisir sera tel ! J’écris un peu moins en ce moment, travail oblige, mais d’autres histoires arrivent qui je l’espère vous plairont encore.

Un bien grand et bien gros merci à vous tous, qui venez ici…

05.12.2007

PP, consigne 59

A l’attention de madame Darnod, responsable après-vente.

            Madame,

J’ai réceptionné il y a maintenant trois mois de cela le Pack « Passion d’antan », commandé via Internet. En client avisé de votre enseigne, je l’ai immédiatement installé dans mon gestionnaire de comportement interactif, littéralement avide d’en faire l’essai.

Oh combien la réclame concernant ce pack disait vrai ! L’effet engendré dès les premières secondes a été littéralement saisissant, renversant, dépassant de loin les estimations de mon système central. Est né en moi ce désir recherché, cette exaltation chamarrée de sentimentalité vantée par votre service marketing.

Après nombre de recherches, je rencontrais enfin Jeanne. Cette femme avait intégré à son système ce même Pack « Passion d’antan ». Il fallait bien en tester l’efficacité en conditions réelles, vivants ensembles, avec l’objectif d’expérimenter les possibilités extrêmes de nos implants respectifs. Les premiers mois ont été formidablement excitants, à dire vrai. Je dois bien le reconnaître, cette période restera en ma mémoire comme incomparable et servirait de jalon, à l’avenir.

Mais petit à petit, je perdais la maitrise de ma raison. Je ne tolérais la présence de mâles dans l’environnement de Jeanne. Les regards lancés par ces derniers étaient des promesses de tentation, et les gestes, les démarches, les comportements devenaient osés, définitivement compromettant vis-à-vis de notre ‘expérience’. Alors j’ai désiré arrêter le programme afin de reprendre mon propre contrôle et de revenir à ma vie d’avant, sans ces vaines tracasseries. Mais cela s’est avéré impossible, malgré mes connaissances en la matière. Rien ne stoppait mes excès de rage, les emballements de mon système central vérolé.

Ce problème d’effet secondaire indésirable me rend maintenant la vie impossible. Envoyez-moi donc sans tarder votre expert afin de définitivement désinstaller ce pack et de me dédommager des torts occasionnés.

 

Dans l’attente de votre réponse,

Stéphane Darni.

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