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11.01.2008
Sur le sable
J’avais rendez-vous avec elle vers vingt-deux heures, sur le parking de la plage des genêts. Je ne sais pas pourquoi elle s’appelle comme ça cette plage, il n’y a pas un genêt à des kilomètres à la ronde. Dans le temps, peut-être. Faudra que je pense à demander à mamie un de ces jours. Toujours est-il que je suis arrivé à neuf heures trente. Ce n’est pas forcément que je voulais être en avance, mais je me faisais chier à la maison, tout simplement. On est tous un peu moroses en hiver dans le coin, on tourne en rond, on s’ennuie à en mourir ou pas loin. Et dans ma famille, on n’échappe pas à la règle. Alors dès qu’on a fini de dîner, je suis sorti direction la plage.
J’y suis resté un bon moment sur cette plage, c’était mieux que de rester sur le parking assis sur mon scooter à griller des clopes. Ca faisait cliché. Genre film des années cinquante dans lesquels il y a toujours une scène avec le bad boy qui fume une cigarette, appuyé nonchalamment sur la carrosserie de sa décapotable américaine, en attendant sa bourgeoise. Et puis de toute façon si Liz arrivait, j’entendrais le bruit de son scooter depuis le bord de l’eau. Au pire elle verrait le mien et saurais que j’étais dans le coin.
Mes fesses étaient posées dans le sable et mes cheveux dansaient au vent, copiés par mon écharpe qui goûtait à un peu de liberté du bout de ses franges. Il y a toujours beaucoup de vent l’hiver, c’est sans doute pour ça que j’étais tout seul sur la plage ce soir-là. Peut-être aussi parce qu’il faisait froid. Bien sûr ce n’était pas un froid polaire comme il peut y en avoir dans l’Est de la France, mais par ici, dès que les températures passent sous le zéro c’est une catastrophe naturelle. Mais moi j’étais bien, là, je devinais l’Océan plus que je le voyais et je l’entendais d’autant mieux chanter sur le sable, pas tout à fait emporté, pas tout à fait calme. Ca m’avait littéralement hypnotisé et je comprenais inconsciemment la fascination des gens de la mer pour cet élément, pour l’impression de sagesse mêlée de puissance qu’il donne.
Je n’ai pas entendu le scooter de Liz ce soir-là.
Mais j’ai entendu mon portable à l’arrivée du SMS. Elle ne viendrait pas. J’ai souris à droite. C’était trop beau pour être vrai.
Pourtant je n’avais pas l’impression d’avoir perdu ma soirée pour autant. Je suis resté encore un peu puis je suis rentré chez moi, vers vingt-trois heures et quelques grains de sable.
Le cœur étrangement allégé par ce dialogue silencieux avec l’océan.
Rasséréné.
11:09 Publié dans 3 - Paquerette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : vie, poésie, *de tout et de rien*, écriture, blog, littérature, nouvelles





Commentaires
Un bol d'air cette sortie nocturne , je rêve souvent d'habiter près d'une plage , tout au moins d'avoir la mer à proximité ...
Ecrit par : Jeanne | 11.01.2008
J'en rêve également assez souvent, mais je me contente d'une semaine par-ci par-là... C'est déjà pas mal ...
Ecrit par : uhsn | 14.01.2008
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